Archives pour l'étiquette Erotique

Les Belles Endormies de Yasunari Kawabata

Les Belles Endormies de Kawabata
Les Belles Endormies de Kawabata

Eguchi, est un vieil homme de soixante sept ans confronté à ses démons Il découvre par le biais d’un ami une auberge dans lequel un homme peut passer une nuit avec une jeune fille. Il va approcher ses « belles endormies », endormies car sous un fort somnifère, elles sont à disposition des vieillards. Eguchi va se troubler. Eguchi est en quête de plaisirs, mais aux côtés de ces jeunes adolescentes à chaque fois différentes il va se remémorer le passé. Ces jeunes filles lui rappellent ses premiers amours et ces souvenirs vont rapprocher Eguchi de sa fin, de la mort.

L’image d’opposition que sont ces jeunes adolescentes paraissant morte avec les drogues face au vieillard qui revit et se repait de leur chaleur, de leur odeur est touchant. Et pourtant la mort semble rôder auprès des vieillards autant que près de ces jeunes filles.

Toute la sensualité qui se dégage des filles plonge Eguchi dans de longues méditations. Les sens sont mis en avant, Eguchi touche délicatement ces peaux délicates, ces visages. Mais ce sont les odeurs du lait maternel qui suinte des poitrines de ces filles femmes qui rappellent telle la madeleine les souvenirs d’Eguchi. Les souvenirs vont le ramener jusqu’à sa mère couchée sur son lit de mort.

Eguchi va se révolter, vouloir s’opposer à la fatalité. Il essaye de réveiller les filles, questionne la tenancière de ce lieu. Il va même avoir des pulsions violentes, tel un vampire aspirer la vie de ces filles pour s’éloigner de la mort. Mais il se résigne à chaque fois en dormant avec un somnifère. 

Kawabata nous offre un roman magnifique, sur l’amour, la sensualité, emprunt d’érotisme. Mais également sur la mort, le temps et la vieillesse. Les nuits sont bercées par le bruit des vagues qui temporisent la vie qui passe. Evidemment, on pourrait sentir une certaine pointe de cruauté, mais plutôt de fatalisme, de révolte contre l’usure inéluctable du temps  allongé contre ces belles endormies.

Citations :

  • Cependant le vieillard se demandait distraitement comment il avait pu se faire que le sein de la femelle humaine, seule parmi tous les animaux, avait, au terme d’une longue évolution, pris une forme si belle. Le beauté atteinte par les seins de la femme n’était-elle point la gloire la plus resplendissante de l’évolution de l’humanité ?

Divers:

  • Titre original : Nemureru bijo (1960)
  • Publié en français sous le titre Les Belles Endormies,
  • Note : ***** (5/5)

La femme qui dort de Ikezawa Natsuki

La femme qui dort de Ikezawa Natsuki
La femme qui dort de Ikezawa Natsuki

Un recueil de trois courtes nouvelles :  

Les origines de N’kunre : (29 pages) En Amérique du Sud un couple avec une femme volage Estelle. Le mari Sebastiano la découvre avec un autre, la tue  puis Il s’enfuit de peur de la vengeance de son beau-père. Il rencontre dans sa fuite un peuple secret qui possède une incantation qui fait disparaitre les conflits apaiser l’esprit de ‘ homme et donne la paix du coeur. Petite nouvelle pleine d’optimiste en vue d’un monde meilleur.

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La Vigne des morts sur le col des dieux décharnés de Nosaka Akiyuki

La Vigne des morts sur le col des dieux décharnés de Nosaka Akiyuki
La Vigne des morts sur le col des dieux décharnés de Nosaka Akiyuki

Troublant, choquant, envoutant, surprenant, poignant et ce ne sont qu’une partie des qualificatifs qui me permettront de décrire ces deux très courts récits.

Deux nouvelles du célèbre Nosaka Akiyuki auteur de ‘la tombe des lucioles’. J’ai été véritablement troublé par cette lecture. Je me suis questionné sur le contenu. Mais j’ai finalement penché pour un conte pour cette première nouvelle éponyme, une ancienne légende Japonaise, trouble, inquiétante, qui mêle amour, érotisme, folie et maléfice.

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Masque de femme de Fumiko Enchi

 

Masque de femme de Fumiko Enchi
Masque de femme de Fumiko Enchi

‘Masque de femme’ est un roman magnifique et subtil, il traite de la séduction et de l’infidélité au Japon. Fumiko Enchi nous entraîne dans les traces de ​​la force destructrice de la jalousie et du ressentiment féminin. Mieko Togano, une femme belle et cultivée dans la cinquantaine, manipule pour ses propres fins sa bru. Sa bru Yasuko est veuve, son mari est mort lors d’une escalade sur le mont Fuji. Une relation étrange transparait entre Yasuko et Mieko : homosexualité, dévouement, complicité. Une aura de mystère entoure cette relation, qui est soulignée par le spiritisme. Il semble que toutes deux doivent se venger à tout prix des hommes. Yasuko sera l’objet d’un plan machiavélique, se jouant des sentiments amoureux de Tsuneo : un mari consentant dans ses mains. Fumiko Enchi nous laisse à nos interrogations quant aux raisons multiples de la vengeance de ces deux femmes.
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Contes libertins du Maghreb de Nora Aceval

Contes libertins du Maghreb de Nora Aceval
Contes libertins du Maghreb de Nora Aceval

Critique :

Livre pris au hasard de mes déambulations dans la bibliothèque du quartier, « Contes libertins du Maghreb ». J’ai démarré avec un peu de préjugés et beaucoup de curiosités, car il me semblait que l’adultère, fornication étaient puni de lapidation et d’autres maux désagréables. Mais l’on rencontre dans ces pages de sages imams qui viennent à sauver l’honneur des filles devant leurs parents « L’iman et la fille qui n’était pas vierge ».
Ces petits récits de quelques pages apparemment anodines sont pleins de finesses, et de délicatesse. Nous apprenons entre autres que les maris jaloux, avares et mesquins en ont toujours pour leur argent, et nous également que jeunes ou vieilles, les femmes arrivent toujours à leur fin.
On trouve également une fable qui pourrait appartenir au recueil de La Fontaine, ou il est question d’animaux. La morale de toutes ces histoires pourrait être « Le répertoire des ruses féminines est infini », un ouvrage simple et bien sympathique. D’une lecture facile, ces petits contres s’enchaînent rapidement, et on en redemanderait bien un peu plus.

Citations :

  • Mon cher époux ! Tu crois que c’est en m’enfermant que tu m’empêcheras de te tromper ? […] Sache, mon mari, que ta surveillance n’assure en rien ma fidélité. Si je le veux, je peux te tromper, à ta barbe  – Je demande à voir, dit le mari en ricanant (p.100)

« Un jour, un violent orage gonfla les eaux d’un oued et rendit sa traversée impossible. La crue de l’oued isola la nomade qui habitait sur la rive. Personne pour la secourir. Cette solitude providentielle enchanta la femme. Elle comptait bien en profiter. Un matin, alors qu’elle surveillait l’oued dont les eaux commençaient à baisser, elle aperçut un paysan de l’autre côté de la berge. Il était si chargé qu’il hésitait à traverser. De la main droite il tenait sa chèvre en portant une cruche de lait, de la main gauche, il tirait son âne en tenant un bâton. Cette soudaine apparition ravit la nomade qui espérait que l’homme traverserait et viendrait jusqu’à elle. Mais le paysan hésitait toujours. Elle sortit brusquement de sa tente en agitant les bras, et se mit à crier :

– O étranger ! Honte à toi ! Tu veux m’attaquer ! Je suis seule, personne pour me défendre. O homme misérable ! Le paysan leva la tête, vit la femme et comprit qu’elle s’adressait à lui. Il la rassura :- O femme, ne crains rien, je ne te veux pas de mal ! D’ailleurs je suis si encombré que je ne pourrais rien faire, même si je le voulais. Avec ma chèvre, ma cruche, mon âne, mon bâton et cette crue qui m’empêche de traverser… Comment veux-tu ?….

– Ce que tu dis me soulage. J’avais peur que tu entraves ton âne, que tu attaches ta chèvre au jujubier sous lequel tu aurais enfoui ta cruche de lait, et que tu réussisses à traverser, en mesurant le niveau de l’eau avec ton bâton. Tu sais que je suis seule et tu aurais abusé de moi.
Le paysan, l’oeil brillant, comprit et dit à la nomade d’un ton décidé :- Je te remercie, femme, de m’avoir si bien conseillé.
Il suivit à la lettre ce que la belle avait préconisé. Aucun oued en crue n’est plus puissant que le désir d’une femme !

La nomade et le paysan, (p31)

Divers : 

  • Editeur : Al Manar; Édition : originale (1 septembre 2008)
  • Prêt bibliothèque du KB, lu le 20/03/2014
  • Note : *****

La bête aveugle de Ranpo EdoGawa

Thème : polar, fantastique, amour, sensualité, humour macabre

Ranpo Edogawa
La bête aveugle  de Ranpo Edogawa

Le livre :

Tokyo, années 30. Ranko, célèbre artiste de music-hall pour ses numéros de danses suggestives, se rend à l’exposition de sculpture dont la pièce maîtresse est une statue la représentant nue. Mais voilà qu’elle aperçoit un homme, laid et aveugle, en train de caresser sa statue de façon obscène. Troublée, elle rentre chez elle, mais cet aveugle se met à la harceler afin de l’approcher : lui envoie des fleurs, se fait passer pour un masseur,  jusqu’à la kidnapper… Début d’une relation amoureuse, sensuelle et morbide, basée sur le sens du toucher (son étrange demeure), et qui mènera tout d’abord à une touche de perversité et de masochisme… »la souffrance lui était aussi source d’un profond plaisir », puis à sa perte.

En plein hiver l’aveugle fait un bonhomme de neige représentant une superbe femme, qui est remarqué par tous, Or en fondant un passant découvre une jambe de femme. Puis une autre jambe humaine accroché à vingt ou trente ballons lâché dans le ciel. Puis un ivrogne aide un aveugle ( le meurtrier) à retrouver son chemin. Il le tient par la main pour l’aider, l’aveugle s’éclipse lui laissant la main ‘dans la main’. Puis la tâte est retrouvé dans une fête foraine : la femme araignée. La police ne trouve pas l’assassin.

L’aveugle prend un emploi dans les bains. Il se lie à une cliente très belle : Mme Pearl, et lui communique un message via ses massages : « J » vous attends cette nuit, à une heure, derrière Mitsukoshi ». Finalement elle accepte finalement, elle finira comme Ranko.

Une audacieuse voleuse disparaît après s’être coupé un bras, puis le second, le reste est retrouvé sur une plage..

Critique

Le roman semble à première vue un polar, (kidnapping et meurtre) mais on n’y trouve ni enquête, ni policier. Tout le récit nous conte la vie de ce meurtrier aveugle. Le narrateur est soit une beauté éphémère soit un aveugle abjecte. Le récit se mélange entre des célébrations de la beauté puis des scènes dérangeante à la limite de l’écœurement.  Il me semble me trouver dans une sorte de récit d’un style surréaliste.

L’écrivain nous fournit une intrigue efficace, le lecteur en est déstabilisé, car il nous faut faire travailler notre imagination pour suivre ou se mettre à la place de cet aveugle psychopathe.  La plus grande partie nous conte l’histoire de Ranko, puis ensuite le rythme s’accélère avec Mme Pearl. On retrouve tout au long de ces pages un humour macabre mélangé à des plaisirs sensuels.  Le tout pour finalement aboutir à un chef d’œuvre tactile qui célèbre la beauté, mais dont cette esthétique ne peut-être perçue que par les aveugles.

La lecture m’a fait pensé à un autre roman qui met en avant un sens particulier  « Le Parfum«  de Patrick Süskin.

Personnages

    • Ranko Mizuki : jeune chanteuse 30 ans, maîtresse lesbienne
    • Kimiko Sawa : élève de Mizuki, âgée de 16 ans
    • Unzan Satomi : sculpteur
    • Shôichi Komura : Amant de Ranko (Shô-chan)
    • Mme Pearl : Seconde beauté
    • Mme Shimoda:
    • Les pêcheuses de perle

     

    Citations

     

    • Il y avait quelque chose de troublant à vous donner le frisson que de voir un homme ne disposant que du toucher admirer la statue nue de la femme qu’il aime. Ses cinq doigts, menaçants comme les pattes d’une araignée, rampaient à la surface du marbre poli. Les yeux… le nez… la bouche… L’homme s’attarda longtemps sur les lèvres semblables à des pétales de fleur. Puis les paumes caressèrent le reste du corps, la poitrine… Le ventre… les cuisses…(8)
    • Ranko fut prise d’une bien étrange hallucination. La statue de marbre et son propre corps s’étaient emmêlés de manière si inextricable qu’elle avait l’impression que l’horrible main de l’homme était en train de la toucher. C’était une sensation de démangeaison indescriptible, comme si un insecte lui rampait sur le corps. (8)
    • Les multiples seins qui boursouflaient les murs rougirent, se gonflèrent comme des ballons de baudruche, et firent jaillir sur les deux assaillants des cascades de lait tiède. Bientôt, Ranko finit par perdre connaissance, avant même d’avoir eu le temps de savoir si elle allait dériver sur cet océan de lait, ou si celui-ci allait l’engloutir. (40)
    • Pour elle qui avait oublié la vue pour ne vivre qu’avec le toucher, la laideur et l’infirmité de son mari ne revêtaient plus aucune signification. Elle se contentait de jouir de ses caresses (43)
    • La torture était telle qu’elle poussait des hurlements et se tordait de douleur. Mais cette souffrance lui était aussi source d’un profond plaisir. Elle désirait être blessée. Plus ces blessures étaient importantes, plus la douleur était violente, et plus elle était transportée de joie. (45)
    • En un instant, la tête, les bras et les jambes furent découpés. Chaque coupure laissait échapper du sang qui jaillissait avec force. Toute en malaxant ces extrémités avec les doigts, le monstre aveugle trépignait comme un enfant qui jouerait avec les couleurs de sa boîte de peinture (102)