Sortie parc, gare d’Ueno de Yu Miri

Sortie parc, gare d'Ueno de Yu Miri

Le narrateur, un homme âgé  survit à la mort de son fils et de son épouse, il s’enfuit dans le parc d’Ueno, loin des siens.

Le parc d’Ueno est celui des évaporés , un fils mort , sa femme décédée, le narrateur ne veut pas devenir un poids pour sa famille. Il se construit un abris de fortune et attends ….

Dans sa fuite, pour ne jamais revenir, ne plus exister, ne pas être un poids pour les siens. Sans ressources il fait naufrage dans le parc Ueno parmi des centaines d’autres SDF. L’auteure donne la définition des ces SDF : « Personne qu’on fait semblant de ne pas voir quand on le croise, mais que de nombreux yeux surveillent »

Il croise la vie trépidante de Tokyo chaque jour, picore quelques conversations de gens. Il écoute le monde, sa misère, sa beauté, son histoire. Dans cette zone Il attend la mort, de tomber sous les coups des opérations spéciales de nettoyage, des gangs d’extrême droite, d’un suicide sous un train ou de mourir de froid.

Sans papier, il ne restera qu’un inconnu pour le restant de ces jours, seul sa montre Seiko pourra peut être faire le lien vers son ancienne vie. Les évaporés, comme on les appelle,  se cachent dans l anonymat des mégalopoles, pour fuir leur faillite, leur dettes auprès des yakuzas, la sphère des rejetés de la bulle immobilière, ou n’ayant plus de travail. Une partie de ces évaporés se retrouvent rejetés isolés sans foyer.

Il est difficile de s’immerger complètement dans le roman, celui-ci débordant de détails, de noms, de lieux, d’histoire relative au parc d’Ueno. Mais en fin de compte un roman troublant, sans haine, sans révolte. Une acceptation de la condition  de marginal. Dans ce parc la sphère des anonymes, une confrérie dont chacun essaye de prendre soin de l’autre ou tout au moins de le préserver. Le temps ….trop vaste pour l’appréhender, la vie, la mort.

Extraits :

  • Vous avez entendu parler de la déesse Kannon de la mort subite, vénérée du côté d’Aizu ? Tout a commencé lorsqu’un fils est allé prier d’accorder une mort sans souffrance à ses parents. Ces derniers temps, ce ne sont plus des enfants qui y vont mais leur parents. Des gens âgés qui la prient pour connaître une mort subite parce qu’ils ne veulent pas devenir un fardeau pour leurs enfants p70
  • Posséder quelque chose signifie vivre avec l’angoisse de le perdre ou de se le faire prendre p82
  • Je me suis enfui car j’avais commis une faute qui m’empêchait de marcher la tête haute. J’ai abandonné ma femme et mon fils. Ils ont dû souffrir car tout le monde savait ce que j’avais fait. p100
  • « Toutes les excuses pour cette disparition soudaine. Je pars à Tokyo. Je ne reviendrai plus dans cette maison. Ne me cherche pas. Je te remercie pour tous les délicieux petits-déjeuners que tu m’as préparés », p121

Divers :

  • Titre original : JR Veno Koen-guchi, 2014
  • Editeur : Actes Sud, 2015
  • Traduction : Sophie REFLE
  • Note : *****

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