Toute la lumière que nous ne pouvons voir de Anthony Doerr

Toute la lumière que nous ne pouvons voir de Anthony Doerr
Toute la lumière que nous ne pouvons voir de Anthony Doerr

Une fiction captivante qui nous entraîne du début du nazisme, à l’occupation, la campagne de Russie, puis la libération. Nous traversons toute ces périodes jusqu’à nos jours sous l’oeil de plusieurs existences. On s’enfonce progressivement dans la barbarie, un récit mixé de métaphores et de symboles.

Chaque personnage, héros est porté par un courant dont il ne peut combattre la force et l’entropie. il est question de violence, d’une violence qui dépasse le seuil tolérable, qui écoeure. De la haine mais parfois telle une lumière un bref moment de paix et d’amour traverse l’espace.

La narration suit principalement deux destins, celui de Werner un jeune prodige de l’électronique et Marie-laure, une jeune aveugle. Mais cette narration passe d’un personnage à l’autre en suivant des repères temporels non linéaires. Ces deux destins sont séparés par la seconde guerre mondiale, un protagoniste allemand et l’autre qui à la résistance Française.

Symbolique du diamant, d’un joyau maudit « Sea of Flames », il symbolise la perfection, la pureté intacte, l’inaccessible, mais il est également associé au feu et à la foudre qu’il va déchaîner. Il est détenu par la plus pure des personnes, Marie-Laure une aveugle de 16 ans qui ne sera pas ébloui par sa flamme. Le diamant va être au centre d’un brasier de feu, fer et sang.

La beauté, la lumière et la vérité ne sont pas visibles par ceux qui ont la vision, cette clairvoyance est donnée à Jutta, Marie-Laure et Mme Manec les personnages féminins, qui sont acteurs, victimes mais qui résistent à leur façon au courant de la folie destructrice de la guerre.

Une note particulière, pour les abeilles qui sont présentes parsemés dans le roman : hôtel, frise, essaim …. métaphore « Comment connaissent-elles leur rôle, ces petites abeilles ? », qui s’activent sans cesse déterminées.

Une lecture agréable, riche qui mélange temporalité et différences existences. Des existences qui se croisent et qui convergent: une émission de radio, Jules Vernes, un diamant, une maison. Des nombreux voyages Jardin des plantes, Saint Malo, tant physique qu’initiatique. Une première lecture d’un roman de Anthony Doerr, un plaisir déniché dans des particules élémentaires, les métaphores et les sous histoires/intrigues que dans l’histoire elle même.

Citations / Extraits :

  • L’entropie d’un système ne peut jamais diminuer
  • Rumeurs Il y a de nouvelles rumeurs. Elles courent le long des sentiers du Jardin des plantes, se faufilent à travers les galeries du musée, se réverbèrent contre les hautes et poussiéreuses redoutes où de vieux botanistes racornis étudient des mousses exotiques.
  • Il est ici. Juste au-dessous de moi.Fais quelque chose. Sauve-la.Mais Dieu n’est qu’un œil froid et blanc, un croissant de lune suspendu au-dessus de la fumée, et qui cille, qui cille, alors que la cité est progressivement réduite en poussière.
  • Le temps est chose fuyante : que le fil vous échappe, et il pourrait bien se dérober à tout jamais.
  • Messieurs, la vie n’est que chaos. Et ce que nous représentons, c’est la remise en ordre de ce chaos. Jusqu’au niveau génétique. Nous commandons à l’évolution des espèces. Expulser les êtres inférieurs, les indisciplinés, séparer le bon grain de l’ivraie – tel est le grand projet du Reich, le projet le plus ambitieux jamais entrepris par des êtres humains.
  • -Vous savez ce qui se passe, Etienne, dit Mme Manec du fond de la cuisine, quand on plonge subitement une grenouille dans l’eau chaude ?
    -Non, mais vous allez me le dire …
    -Elle s’échappe d’un bond, Mais quand on la plonge dans l’eau froide et qu’on porte très progressivement l’eau à ébullition …. ? Vous savez ce qui se passe …. ? Marie-Laure attend. Les pommes de terre fument.
    -Elle finit ébouillantée.
  • Toute existence n’est jamais qu’une lueur brève dans des ténèbres impénétrables. Voilà ce que nous sommes, pour Dieu.–

Divers

  • Titre original : All the light we cannot see
  • Prix Pulitzer Fiction , 2015
  • Note : ***** (4/5)

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