Une terre d’ombre de Ron Rash

Une terre d'ombre de Ron Rash
Une terre d’ombre de Ron Rash

Un récit assez étonnant, mettant en scène des vétérans de la première guerre mondiale, des gueules cassées, gazés. Et également des corps qui reviennent de France après avoir combattu les allemands. Un semblant d’anachronisme dans cette vallée perdue des Appalaches. Des gens simples, des inconnus violents parfois rancunier mais avec une générosité près à partager leur quelques dollars. Mais aussi une éducation emprunt de superstitions : “En général, les hommes croient ce qu’ils veulent croire ?” »

Hank et Laurel vont en fait leur frais dans cette sombre vallée. Laurel avec sa tâche de naissance, qui la désigne comme une sorcière. Hank qui a perdu la main à la guerre, amputé. Ils vivent dans un vallon perdu au creux d’une vallée ou les arbres meurent : un vallon que l’on dit maudit « Chaque après-midi l’obscurité totale arrivait plus tôt, laissant croire que le vallon était une main qui se refermait lentement. Le pire avait été les jours de pluie interminables, l’écurie, la remise et les bois se dissolvant dans cette grisaille.« . Un homme va arriver muet, illettré, qui joue de la flûte. Il  va leur apporter un court moment de soleil et surtout d’espoir au creux de ce sombre vallon.

Un des personnage de ce roman « Chauncey » chanceux car resté au pays pour servir de recruteur, mais plein d’amertume car endosse le costume de lâche. Il accueille les morts, les blessés et les héros de retour au pays, va lui se déchaîner dans la chasse aux espions, afin d’avoir une aura de héros. 

Un livre un peu déroutant, car en fait j’avais découvert ce livre dans le rayon policier d’une grande librairie. Et au fur et à mesure de la lecture je m’attendais à du polar, mais là rien. Ce n’est que presque au milieu que je me suis mis dans la peau d’un lecteur de fiction et non d’un lecteur de polar !!!

L’écriture de Ron Rash est envoûtante, poétique et pleine de mystère (même si ce n’est pas un polar) nous décrit l’Amérique profonde, emprunt de rusticité et de croyance. Un roman sombre, malgré une petite éclaircie d’espoir. Nous interpelle sur des faits historiques font on parle peu tel les camps de prisonniers allemands.

Citations :

  • Quand on se fréquente, c’est tout miel et pissenlits, lui avait expliqué Marcie, mais quand on se retrouve tous les jours auprès de quelqu’un, des choses qu’on n’avait pas trop remarquées auparavant, la façon qu’il a d’avaler sa soupe à grand bruit ou de ne pas quitter ses chaussures crottées, ou même le plus infime détail, un air qu’il ne cesse de siffloter ou sa manière de disposer le petit bois dans la cheminée, vous asticotent comme une dent gâtée.
  • Morte et encore de ce monde, c’était pire que morte et sous terre. Morte et sous terre vous donnait au moins l’espérance du paradis.
  • Le professeur Mayer enseigne les langues étrangères, dont l’allemand, et des rumeurs ont couru qu’il est une sorte d’espion. C’est stupide, bien entendu. Le pauvre homme a soixante-dix ans passés. Il est gentil et généreux et pas plus espion que moi.
  • Il y avait eu des filles avant la guerre qui ne voulaient pas fréquenter Hank parce que, pensaient-elles, même s’il n’était pas marqué par la tache violette, il l’était par le mauvais sort du vallon. Ensuite il avait perdu une main, et il y avait eu des femmes qui ne voulaient pas de lui à cause de ça. Il en avait pourtant trouvé une prête à partager sa vie, pourvu que cette vie se passe hors du vallon.
  • – Étonnant comme après deux ou trois coups à boire ma guitare sonne toujours mieux, remarqua Slidell. Faut croire qu’un peu des vapeurs s’infiltrent dans le bois, qu’elles lubrifient les grincements. »
  • Chauncey songea qu’un soldat envoyé en Europe pouvait agir comme un imbécile ou un lâche pendant des mois et puis se montrer courageux une fois, peut-être seulement quelques secondes, et du coup toutes ses fautes étaient oubliées. Ou peut-être même pas courageux quelques secondes. D’après ce qu’il en savait, tout ce qu’Estep avait fait, c’était rester dans une tranchée, peut-être même tapi au fond parce qu’il était trop dégonflé pour en sortir. Il en allait de même pour Hank Shelton. Certains trouvaient que c’était un type formidable parce qu’il avait tenté d’apporter de l’eau à un soldat blessé.

Divers :

  • Titre original : The Cove, 2012 (L’anse ?)
  • Traduction : Isabelle Reinharez
  • Ebook
  • Note : ***** (3,5/5)

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