Une soif d’amour de Yukio Mishima

Une soif d'amour de Mishima
Une soif d’amour de Mishima

 

Ce n’est pas un roman d’amour comme on pourrait s’y attendre, mais l’histoire d’une jalousie démentielle. Au coeur de la famille Sugimoto ou domine le patriarche Yakichi, veuf, rustre propriétaire terrien qui a des vues sur sa bru Etsuko. 

Etsuko est assoiffée de vengeance, elle a une revanche à prendre, son mari infidèle en fait l’objet puis elle semble se tourner vers la famille Sugimoto. Lasse devient par dépit, par profit ? par passivité ? par facilité ?  la maîtresse de son beau père Yakichi. Mais elle joue un rôle, elle contrôle,  même un faux journal intime mis à disposition du beau-père (Un clin d’oeil à Tanizaki : « confession impudique » ?). Yakichi se laisse manipuler par cette femme (jeunesse et beauté) contre un maigre réconfort. 

Etsuko entretient des Rapports ambigus, intrigante dans la famille Sugimoto, elle mène un jeu de soumission s oppose un amour physique a un amour utopique. Elle est amoureuse du jardinier domestique de la famille. Un jeune homme qui ne cherche pas les amours compliqués mais préfère les raccourcis en prenant comme amie la bonne qui ne brille pas par son intelligence, mais qui accepte ses avances.  La femme est présente comme une « prédatrice » qui tisse sa toile afin de « séduire » Saburo, écrartant un à un tous les obstacles qui l’empêche de s’en approcher dont Miyo. Puis ne pouvant réussir elle détruira l’objet de sa passion

Froide, avec une soif d’amour qui la brûle intérieurement et qui la rend étrangère au monde ou elle vit . « Une souffrance mentale prenait peu à peu possession d’elle, inondant tout son être comme une rivière en crue inonde les rizières. Il semblait que l’esprit, las de son rôle, envoyât des signaux de détresse » p182 , la femme est décrite comme menteuse, froide, érotique en proie à une jalousie incessante et morbide. 

On retrouve également dans ce roman de Mishima des thèmes de la société dans ce roman d’après guerre sont les rapports de force entre les classes bourgeoisie et paysans, ou l’on retrouve les seigneurs des domaines avec un droit de regard, de vie ou de mort sur les domestiques : Miyo et Saburo.  Nous trouvons aussi la vision que les citadins ont du monde rural.  

Un roman assez noir, qui peint des profils assez sombre d’une famille japonaise, et de la folie amoureuse de la belle Etsuko  qui se transforme en drame tragique. Une aura dramatique enveloppe ce roman d’amour qui se lit d’un trait.

Personnages :

  • Etsuko : l’héroïne, belle-fille de Yakichi, née à Tokyo
  • Asako : belle soeur d’Etsuko, a deux enfants
    • Nobuko : enfant d’Asako, fille
    • Natsuo : enfant d’Asako, garçon
  • Yakichi Sugimoto :  le patriarche, 60 ans veuf avec trois enfants adultes qui vivent dans son domaine.
    • Kensuké : fils aîné de Yakichi, marié avec Chieko
    • Ryosuké : fils de de Yakichi, marié avec Etsuko
    • Yusuké : troisième fils de Yakichi, le plus jeune fils
  • Saburo : Jardinier, domestique
  • Miyo : domestique

Citations :

  • Avec quelle rapidité nous oublions nos actes ! Tandis que les sentiments s’attardent dans notre souvenir, nos actes disparaissent sans laisser de trace. p207
  • Si l’on peut vaincre la jalousie, on peut cesser d’aimer.
  • Un danger commun faisait de Yakichi et d’Etsuko des alliés. Ce n’est pas un intérêt mutuel qui provoque ordinairement l’alliance des nations de ce monde : c’est la jalousie p160

Divers :

  • Une soif d’amour, 1950, Titre original « Thirst for love »
  • Traduction : Léo Lack
  • Note : ***** (4/5)

2 réflexions sur “ Une soif d’amour de Yukio Mishima ”

    1. J’ai beaucoup apprécié ‘Une soif d’amour’, la finesse dans la description des caractères des trois protagonistes. Le style Mishima et la vision des femmes est à creuser je pense. J’ai également fait un rapprochement avec d’autres auteurs sur des femmes ‘border line’, Fumiko Enchi entre autre.
      Mais j’ai détesté le quatrième de couverture de l’éditeur.

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