En Mer de Toine Heijmans

En Mer de Toine Heijmans

Donald a pris un congé sabbatique de trois mois. Après quinze ans de service dans sa boîte afin de  changer d’air : trouver la solitude, le silence, oublier et se ressourcer. Pour partir sur son voilier et naviguer en solitaire comme un vieux loup de mer dans la mer du Nord. Il va partir avec sa fille Maria âgée de 7 ans de Thyboron au Danemark,  et retrouver sa femme Hagar qui l’attend  à Harlingen aux Pays-Bas, une petite traversée de deux jours, pour renforcer les liens avec sa fille, pour affirmer sa place de père.  Avec l’arrivée de la tempête, l’angoisse monte progressivement .

Mais dans cette mer d’huile, le calme n’est qu’apparent et peut cacher bien des dangers, des nouages noirs s’amoncellent à l’horizon ne présageant rien de bon.

« Ensuite il se met à grêler. Des grêlons s’écrasent sur le pont – les nuages les déversent par bennes entières. Ils flottent sur l’eau, tels de petits icebergs, avant de fondre. L’eau est devenue vert d’algue. Des plaques de varech se collent à la proue, comme si elles voulaient être sauvées. »

Plusieurs thèmes sont abordés :-), ici, on essaye d’expliquer les raisons pour laquelle un homme part en solitaire sur son bateau, les complicités qu’il essaye d’établir et de conserver entre un père et sa fille, et les relations mari /femme. Nous revenons sur ces motivations qui l’ont poussé à faire ce voyage : la fuite en avant, les relations de l’homme avec son entourage. En sous jacant, on ressent le stress au travail, la dépression psychologique qui couve et qui pousse au départ, à un voyage en solitaire pour se reconstruire. Pour synthétiser : le dur métier d’homme.   

« Ce fut mon choix à moi. Je voulais l’aventure. Quand on lit des livres d’aventure, on lit des récits de héros. L’homme contre l’eau. L’homme contre la montagne. L’homme contre la jungle, contre la nature. Mais maintenant que moi-même je me retrouve dans cette aventure, ça n’a rien de romantique. Ici règne un froid de pierre. Les gens normaux évitent l’aventure – ils ont raison. Quand tu escalade une montagne, ton sort est entre les mains de la montagne. Qu’est-ce que ça peut lui faire, à la montagne, si tu tombes? ».

Un roman très bien mené, pratiquement un huis-clos ou l’on retrouve l’homme face aux éléments. Un suspens et un mystère qui nous tient jusqu’à la dernière page !!! 

Extraits :

  • J’emportai avec moi un tas de soucis et de souvenirs, qui pâlirent au soleil. Le soleil tapati dur et se réfléchissait à la surface de l’eau. p43
  • Ramer devient tout d’un coupplus pénible, une vague bondit dans le canot. Je rame tout seul en pleine mer. La traversée à la rame la plus importante de l’histoire et personne ne me voit. Personne ne le sait. Ni le gardien du phare, ni Hagar, ni mes collègues de bureau. Je me sens vieux. Un vieil homme. Je suis le rameur d ‘un rêve ; le rameur qui n’avance pas, qui rame dans la boue. Je rame et rame et les rames glissent dans l’eau, il faut que je les enfonce plus fort. Je ne dois plus être loin. p122
  • Tu aimes partir en vacances, mais quand tu es en vacances, tu aimes bien rentrer à la maison.
  • A bord d’un bateau, le capitaine est le seul maître. C’est une personne solitaire. Les cpitaines ne peuvent pas prendre de mauvaise décisions, mais ils le font tout de même. 

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 Références:

  • Poèmes de Jan Jacob Slauerhoff (Jan Jacob Slauerhoff fut un poète et un romancier néerlandais, un des plus importants de l’entre-deux-guerres et une des rares figures romantiques dans la littérature contemporaine néerlandaise)
  • Le petit capitaine de Paul Biegel (Paul Biegel est un auteur néerlandais de littérature d’enfance et de jeunesse.)
  • Moby Dick de Herman Melville

Divers :

  • Titre original :Op zee, 2011
  • Prix Médicis étranger 2013
  • Note : ***** (3,8/5)

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