La lecture des otages de Yoko Ogawa

La  lecture des otages de Yoko Ogawa
La lecture des otages de Yoko Ogawa

Sept touristes japonais et leur guide ont été pris en otage dans une région montagneuse et désolée. Après une centaine de jours de négociations, L’assaut d’une brigade anti-terroriste est ordonné, la cabane où ils sont retenus prisonniers est totalement détruite, il n’y a aucun survivant. Seul un enregistrement clandestin atteste de leur existence en ces lieux, Enregistreur qui avait été discrètement fourni par une ONG avec un dictionnaire caché dans un purificateur d’eau réapparait.

Deux ans après le drame, cet enregistrement refait surface, il rassemble des lectures semble-t-il : des textes énoncés à haute voix par chacun des otages pour surmonter la peur et tenter d’échapper à l’ombre béante de la mort. Une diffusion de ces textes va être effectuée par une radio. Huit émissions pour raconter la vie, la transmission que feront les huit otages.

Quel point commun entre ces récits, quel message essayent-ils de faire passer?. Nous retrouvons dans ces personnes kidnappés une décoratrice d’intérieur, un professeur de la filière de pâtisserie, un écrivain, un chargé de cours à l’université d’ophtalmologie, un directeur d’usine de machine de précision, un employé de société commerciale, une femme au foyer,  un guide de tourisme. Il n’existe pas, ou je n’ai pas trouvé de liens entre la prise d’otages et ces huit récits. Avaient ils conscience d’une possible fin dramatique ?

On pourra trouver une mise en abîme dans ce récit. Chaque otage laisse une trace, une parole, de sa vie, comme les gens qui s’expriment dans l’une des « langues en situation critique ». Ces récits sont celui de rencontres, de moments nostalgiques, de tendresse. Un moment privilégié où chacun se raconte, ou l’on voit les traces du temps des émotions, des bonheurs et des tristesses également. A aucun moment l’on ne rencontre une crainte, ou une peur dû à leur situation.

Le fait de connaître la fin tragique de ces otages, m’a mis mal à l’aise dans la lecture de ces récits de fragments de vie .  On a l’impression de vivre plusieurs réalités. Une qui semble superficielle et qui est la narration de la prise d’otages et des conséquences, et une réalité tout autre que font revivre ces voix. On dépasse la réalité du monde ( la sauvagerie de l’attaque) pour approcher  un monde sensible, d’émotions mais irréel malgré tout.

Ogawa tout en nous racontant des histoires banales, nous entraîne dans des mondes différents avec des réalités nostalgiques et pleines de tendresse et pourtant avec une fin inéluctable. Un simple hommage rendu à des otages : ‘C’est ainsi que les otages ont lu chacun leur propre histoire.‘ .

Extraits :

  • Il était naturel que parmi ces gens, certains ne veuillent pas se donner en spectacle ou souhaitent qu’on les laisse tranquilles. Mais ils avaient fini par accepter, car la mise en lumière de l’existence de cet enregistrement devait inscrire dans le monde la réalité de la vie des êtres qu’ils avaient aimés.
  • L’enregistrement n’est autre que la voix des huit personnes lisant chacune l’histoire qu’elle a écrite. On pense que le papier venant à manquer, elles ont continué sur des planches du sol ou des montants de fenêtre. Dans quelles circonstances ces choses-là se sont-elles déroulées ? On ne peut que le supposer à partir de leurs conversations, mais au moins il est certain que ces gens n’étaient pas désespérés au point de vouloir laisser un testament. Au fil de l’enregistrement, une communication semble s’établir avec le groupe des ravisseurs, tandis que la peur qui accompagne l’idée de mourir diminue progressivement. Entre les lectures, ils rient vraiment beaucoup. Et l’on devine à les écouter que même s’il y a des moments où ils sont émus aux larmes, ce n’est pas à cause du désespoir, mais que ces larmes proviennent du sentiment bien réel d’être en vie.
  • En fin de compte les huit otages n’ont pas pu être secourus, et ce que des gens comme moi peuvent apporter comme commentaires ne fera sans doute qu’entretenir le malentendu. Je n’essaie pas de me justifier. Leurs lectures n’étaient pourtant pas un simple moyen de tuer le temps à cet endroit-là, dans la masure où on les retenait prisonniers. Quelque part dans un endroit lointain qui dépassait l’imagination, ces voix parvenant aux oreilles de quelqu’un qui ne comprenait même pas leur langue avaient tout d’une prière.

Divers:

  • Titre original :  Hitojichi no Rôdokukai , 2011
  • Editeur : Actes Sud/ Lemeac, 2012
  • Traduction: Martin Vergne
  • Ebook
  • Note : ***** (3,6/5)

 

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