Le monde du bout du monde de Luis Sepulveda

Le monde du bout du monde de Luis Sepulveda
Le monde du bout du monde de Luis Sepulveda

 

Un adolescent de seize ans, fasciné par les baleines part au sud de la Patagonie, au sud du bout du monde sur les pas de Magellan et de Moby Dick un livre de Bruce Chatwin en main. Un voyage magique, ou initiatique pour ce jeune, aidé par la renommée de son oncle Pepe (volontaire dans les brigades internationales), il va convaincre un capitaine et embarquer sur son bateau « l’évangéliste » pour s’approcher au plus près des baleines.

Puis,  des années plus tard le narrateur devenu journaliste à Hambourg se rappelle. Il va retourner sur les traces de son premier voyage au bout du monde, entraîné  par l’actualité et le naufrage d’un baleinier japonais le ‘Nishin Maru’ au sud de la Patagonie.

Un conte écologique, mais plus que ça : nous sommes presque à un réquisitoire contre l’aveuglement et la bêtise des hommes blancs, honte d’être mêlé aux agissements des politiques français avec le ‘Rainbow Warrior’. Un réquisitoire politique, ou le narrateur décrie les alliances entre les gouvernements les militaires et des capitaux étrangers au détriment de la sauvegarde de l’environnement. Un combat se livre alors contre le baleinier japonais le Nishin Maru.

Une belle écriture, on est cerné de poésie, de nostalgie mêlée. « Les bateaux qui ont connu le goût de l’aventure deviennent amoureux des mers d’encre et ils aiment naviguer sur le papier p119 « .  Des noms qui nous font voyager péninsule de Forelius, Punta Arenas, les voyages de Magellan,… mais qui parfois m’ont perdu dans cette immensité d’îles, de passage. Les magnifiques descriptions de paysage nous invitent à vivre l’aventure au plus près.

Emballé par la première lecture d’un roman de Luis Sepulveda « Le vieux qui lisait des romans d’amour« , je réitère avec Le monde du bout du monde. Je me retrouve dans le même monde à saveur de sauvegarde écologique, avec un discours politique. Un roman court et attachant, il reprend les mêmes ingrédients ou plutôt les mêmes préoccupations de Luis Sepulveda qui sont le combat politique et écologie. Ici roman mené tel une enquête. Ce livre ne laissera pas indifférent face au combat pour la sauvegarde des espèces, des peuples. Et même la reconnaissance d’abord de ces peuples tel les alacalufe que me fait découvrir Sepulveda.

Extraits :

  • A Santiago, parmi mes amis, j’avais la réputation d’être un bon ‘raconteur’ de film. Il était cinq heures de l’après midi quand j’ai commencé à raconter, timidement d’abord, l’épopée de capitaine Achab. Les deux hommes m’écoutaient en silence et pas seulement eux; aux autre tables, les conversation s’étaient interrompues, et peu à peu, les clients se sont rapprochés de la nôtre. Je racontait et je luttait avec ma mémoire. Elle ne pouvait pas me trahir. Les hommes avaient compris que je me concentrais sur quelque chose qui les concernait et sans faire de bruit ils ont renouvellé plusieurs fois mon verre de chicha de pomme. J’ai parlé deux heures durant. Qu’Herman Melville si cette version de son roman s’est trouvée agrémentée de quelques trouvailles de mon cru, mais à la fin tous les hommes montraient des visages pensifs et , après m’avoir donné des tapes sur les épaules, ils ont regagné leurs tables.
    – Moby Dick . Dites donc, a soupiré le Basque
    Ils ont demandé l’addition. Ils ont payé. J’avais la certitude amère que mon aventure s’arrêtait là
  • L’officier a déplié une carte maritime du détroit et lui a dit : « Indiquez-moi ou sont les bancs de sable les plus dangereux. » Mon ami s’est gratté la barbe et lui a répondu : « Si vous savez ou ils sont, je vous félicite. Moi, pour naviguer, ça me suffit de savoir ou ils ne sont pas ». p94
  • Après avoir mangé une réconfortante ratatouille d’algues diverses, Luche et Cochayuyo, nous fîmes nos adieux à Don Checho et au Collègue. Je crois que je garderai toujours la nostalgie de leurs plats préparés en ignorant la houle et le vent, ou peut-être en s’en servant comme d’un condiment de plus p107
  • Les bateaux qui ont connu le goût de l’aventure deviennent amoureux des mers d’encre et ils aiment naviguer sur le papier p119
  • Ces bateaux-usines sont l’une des plus grandes saloperies inventées par l’homme. Ils ne vont pas sur les bancs. La pêche, ça n’est pas leur affaire. Ils cherchent la graisse ou l’huile animales pour l’industrie des pays riches et, pour arriver à leurs fins, ils n’hésitent pas à assassiner les océans.

 

 Divers :

  • El mundo del fin des mundo, 1989
  • Edition Points, 1995
  • Traduction François Maspero
  • Note : ***** (3,7/5)

 

2 réflexions sur “ Le monde du bout du monde de Luis Sepulveda ”

  1. je n’ai pas lu ce livre mais je conseille du même auteur « Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler »..Joli conte un peu philosophique, écologique, parfois drôle, avec des animaux attachants. Une histoire d’amitié et de tendresse..une écriture poétique.
    Attirée par le titre, je n’ai pas été déçue

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