Et rien d’autre de James Salter

James Salter Et rien d'autre
James Salter Et rien d’autre

 

On  suit une grande partie de la vie de Philip Bowman de dix-huit ans jusqu’à ses soixante ans environ. On le découvre en pleine guerre du Pacifique en tant qu’officier de marine. Puis la guerre finit, il tente le journalisme, mais il ne pourra commencer sa carrière dans les livres que comme lecteur puis éditeur ( un métier par dépit ?).
Il a alors son premier coup de foudre avec Vivian une fille du sud ( on sent presque les champs de coton et les esclaves ) avec lequel il va se marier.

Un divorce s’en suit, on va le suivre dans sa carrière et sa passion aveugle pour les femmes, et surtout celles aux corps parfaits. Philip Bowman va se prendre à rêver d’être le mâle absolu avec ces divines créatures. Il travaille pourtant comme éditeur et devrait se méfier d’une trop belle couverture. Il est d’un pathétique dans ses relations, allant jusqu’à avoir une aventure avec la fille de la femme qui le trahit : vengeance, coup de foudre ??

C’est peut-être l’histoire d’une Amérique de la Seconde Guerre mondiale à nos jours que traverse Bowman, une image de l’Amérique qui m’est trop peu connu pour m’émouvoir ou ressentir de l’empathie. On retrouve un regard parfois acerbe sur cette Amérique dans ce roman « Un monde trop fortuné et imbu de lui-même » p241. Un monde authentiquement WASP : grandes propriétés, vie facile, courses de lévriers, Vins et champagnes …
Mais aussi la vie d’éditeur, mais celle-ci, je la trouve particulièrement pauvre dans sa narration, il y a des talents ( publiable ou non, qui rapportent ou non ) et d’autres non, le métier n’est qu’effleuré prétexte à des soirées, voyages et réceptions.

Les critiques portent ce dernier roman de J. Salter au sommet : c’est l’un des vingt meilleurs livres de l’année.
Pour une première lecture de cet auteur, je n’ai pas du tout ressenti le charme. J’ai trouvé de nombreuses fioritures, des détails ornementaux qui donnent un roman relativement long, et je me suis demandé ou J. Salter voulait nous emmener et je n’ai pas encore la réponse.

Personnellement  je me suis ennuyé, j’ai failli abandonner, des personnages nombreux, des anecdotes, un fil de lecture parfois difficile à suivre. J’ai aspiré à quelque chose lorsqu’il rencontre Camel, quarante ans après mais rien.

J’ai tenu bon jusqu’à la dernière page :

C’est effectivement bien écrit … Et après…. Peut-être pour les inconditionnels de James Salter.

 

Extraits :

Vous vous entendez bien avec votre femme ?
-Sur un certain plan.
-Lequel
-Aucun en particulier, je voulais dire jusqu’à un certain point
-Je ne crois pas qu’on finisse jamais de connaitre quelqu’un (p116)

  • Il y a effectivement quelque chose qui ne va pas dans ce bouquin, renchérit Baum. La plupart des romans, même les plus grands, ne prétendent pas à la vérité. On y croit, ils deviennent une part de votre vie, mais ils ne sont pas pour autant vrais, au sens littéral du terme. Ce livre-là semble vouloir déroger à la règle. » C’était le récit, sur un ton officiel et dépourvu de métaphores, de la vie de Reinhard Heydrich (criminel de guerre Nazi)
  • C’est un roman terriblement banal aux personnages superficiels décrits dans un style qui vous fait grincer des dents. L’histoire d’amour est sordide et sans aucun intérêt, en fait elle aurait plutôt tendance à vous dégoûter. Rien ne nous est épargné, sauf peut-être le plus obscène. Ce livre ne vaut rien. « On en a vendu deux cent mille exemplaires », se vanta Baum, et il est en cours d’adaptation au cinéma
  • (La plaignante Christine) On lui accorda le titre de propriété. Plus de maison. Ce n’est qu’ensuite qu’il apprit qu’il y avait un autre homme. Il se reprocha de n’avoir pas deviné, d’être le dindon de la farce, mais il y avait pire encore : la jalousie. Il souffrait comme un damné de l’imaginer avec cet homme qui la possédait, qui jouissait de sa présence, de sa disponibilité. Il s’était senti supérieur à tous les autres.
  • « Tu connais l’histoire du comte hongrois ? demanda Eddins. Bref, il était une fois un comte à qui sa femme dit un jour que leur fils grandissait et qu’il était temps de lui expliquer d’où viennent les bébés. “D’accord”, fit le comte, et il emmena son fils faire un tour. Ils longèrent une rivière et s’arrêtèrent sur un pont sous lequel des paysannes étaient en train de laver leur linge. Le comte dit : “Ta mère veut que je t’explique d’où viennent les bébés, comment on les fait. – Oui, père, répondit le fils. – Eh bien tu vois ces filles là-bas ? – Oui, père. – Tu te rappelles quand nous sommes venus leur rendre visite il y a quelques jours, et comment nous avons joué avec elles ? – Oui, père. – Eh bien, c’est comme ça qu’on fait les bébés.” »
  • Il n’avait aucun lien avec eux. Sa vie était exceptionnelle : il avait su l’inventer. Il avait rêvé de s’élever jusqu’aux cimes, se précipitant sans peur à l’assaut de la vague au milieu de la nuit, comme un poète ou un surfeur de Californie, comme un fou, mais il y avait aussi la réalité tangible du matin, le monde encore endormi, et Christine qui dormait à ses côtés. Il pouvait lui caresser le bras, la réveiller s’il le voulait. Il en était malade rien que d’y penser. Malade de tous ces souvenirs. Ils avaient fait des choses ensemble qui l’amèneraient un jour à regarder en arrière et à comprendre qu’il était l’amour de sa vie. C’était une idée un peu sentimentale, la trame d’un roman à l’eau de rose. Elle ne regarderait jamais en arrière. Il le savait. Leur histoire ne représentait que quelques pages succinctes. Même pas ça. Il la haïssait, mais que pouvait-il y faire ?
  • Ne donne pas aux hommes ce que tu as de meilleur. Sinon, ils le considèrent comme leur dû
  • Ils n’étaient pas mariés, mais ils partageaient les plaisirs d’un amour exempt de culpabilité. Comment se lasser jamais d’elle ? Tchekhov avait écrit que faire l’amour une fois par an avait un pouvoir stupéfiant, la puissance d’une expérience mystique, alors que plus souvent, ce n’était que de l’entretien ; mais si tel était le prix de la fréquence, Bowman était prêt à le payer

 

Divers :

  • Titre original : All That Is (novel, 2013)
  • Traduction: Marc Amfreville
  • Edition de L’olivier
  • Ebook : 9,5 heures de lecture, 19 minutes par session, 683 pages tournées
  • Note : ***** (2/5)

4 réflexions sur “ Et rien d’autre de James Salter ”

  1. Ce livre est peut-être clivant..personnellement je l’ai apprécié et ne me suis pas ennuyée.C ‘est une histoire d’une autre époque, un brin nostalgique, dans le monde de l’édition, avec un héros qui a survécu à la 2ème guerre mondiale, en quête du bonheur, qui essaie d’oublier la platitude de sa vie, à travers les femmes, le sexe…Pas de drames particuliers, des échecs sentimentaux. Certaines scènes sont joliment décrites, un zeste d’érotisme, quelques références à la France..ce livre mérite son succès (sourire)

    1. Je suis toujours un peu gêné d’avoir dans les mains un ouvrage présenté comme un chef-d’œuvre (qui est dans le Top20 des livres de l’année), dont on ne dit que du bien, et de ne pouvoir en faire autant.
      J’ai lu les critiques : Figaro, Lire, L’express, Télérama, Fnac …. Ils sont tous unanimes à encenser ce roman, et pourtant comme je l’ai dit : ennui.
      Faut-il s’interroger sur des critiques unanimement partagées par d’éminents critiques ?

      1. Je ne pense pas que ce soit un chef d oeuvre mais en tout cas un excellent livre…les critiques ne sont pas toujours à suivre .mais parfois ils ont un bon avis…somme toute la meilleure critique relève de sa propre sensibilité. .

Laisser un commentaire