Le chantier de Mo Yan

Le chantier de Mo Yan
Le chantier de Mo Yan

 

Un livre qui se lit très rapidement. Les petites histoires de tous les jours qui nous sont narrés par Mo Yan prennent toujours la forme d’une grande aventure épique. Certains s’offusqueront peut-être de la cruauté envers les animaux, mais rien de bien spécial dans l’empire céleste, pas de sadisme uniquement du savoir vivre et de la survie. Nous avons d’ailleurs une part de magie poétique lorsque  nous avons la transcription du dialogue entre un chien et son bourreau, mais tout en utilisant un langage de tous les jours des plus imagés :

Le chien : « Enculé de ta mère, tout ça c’est des belles paroles. Mon ventre est empli de sang chaud, de sang fétide (…)
Lui : « Le chien, je te le répète, tu ne me fais pas peur. J’ai vraiment envie de te relâcher »
Le chien : »Salaud, c’est trop tard. Maintenant, entre nous c’est sans pitié, et si le poisson meurt, le filet sera déchiré »

Des personnages avec des titres longs comme le bras ‘chef de la brigade de diffusion de la pensée de Mao Zedong de l’école primaire de Masang, vice président du comité révolutionnaire de l’école primaire de Masang’ qui font plutôt sourire. Mais toujours des personnages attachants dans leur ‘triste’ vie.  Un récit qui se lit rapidement, qui nous raconte une réalité de la Chine sous l’emprise du grand timonier, mais toujours enrobé d’humour. J’ai trouvé les protagonistes de ce roman un point en dessous de ceux du « Le maître a de plus en plus d’humour  » ou « Le veau« , néanmoins l’histoire est remplis de symboles . Le chantier aura avancé, mais il reste encore du travail pour arriver au bout de la route. 

Mo Yan est un magnifique conteur témoin et peintre de son époque : A lire ou à découvrir absolument. Et un prix Nobel qui ne s’embarrasse de grandes phrases alambiquées pour nous faire voyager. 

Extraits :

  • Mon homme, lance la fillette, dépêche-toi donc de finir de manger. Après le souper on va étudier les Citations !
    Femme ! répond-il en bégayant, j’ai porté des pierres toute la journée, je suis fourbu, ça pourra bien attendre demain !
    Pour ça non, réplique la fillette. Les œuvres de Mao Zedong sont un trésor, une panacée, aucun mal ne leur résiste. Tiens, ta fatigue par exemple, eh ben je te dis que tu ne la sentiras plus.
  • Je t’en fiche ! Comment t’y es-tu pris pour tuer mon chien ? Le sol entier était couvert de ses empreintes. Espèce de tête de ragoût de mouton qui mérite mille morts, je vais te faire frire comme une crevette, je vais te cribler de balles et te transformer en passoire, je te ferai exploser la cervelle dans la machine à souffler le riz, espèce de sale bâtard plein de pus et de furoncle des pieds à la tête, pourri dans la chair comme dans l’âme ! Tu as volé mon chien mais tu ne l’emporteras pas au paradis ! Quand le commandant Guo sera de retour, je suis prête à coucher deux nuits avec lui si nécessaire pour obtenir de lui qu’il t’arrache ta coquille verte d’oeuf pourri de canard !
  • Comme vous avez tous quelque chose a vous reprocher, il vous faut mettre les bouchées doubles, suer sang et eau, accepter les critiques pour redoubler d’ardeur au travail, avoir l’esprit révolutionnaire et travailler a corps perdu faire la révolution, ne pas rechigner devant l effort, le faire au mépris de la mort, renforcer l esprit de discipline, vous montrer vigilants, prévenir les sabotages qui seraient le fait des ennemis de classe, la révolution triomphe de tout, dites le vous bien.

Divers :

  • Titre original : Zhulu, 1988
  • Edition points/Seuil 2007
  • Traduction : Chantal Chen-Andro
  • Note : ***** (3/5)

3 réflexions sur “ Le chantier de Mo Yan ”

  1. J’ai beaucoup aimé Le maître à de plus en plus d’humour qui dépeint une Chine moderne avec beaucoup de brio même si je n’avais pas compris le choix de cette fin. Mais celui ce me tente moins… Il a un chien qui parle dans cette histoire ?

    1. Oui, je le trouve un peu moins ‘bien’ que les autres que j’ai lu, j’avais beaucoup apprécié « Le maître a de … » mais également la première nouvelle de ‘le veau’. Comme il a écrit de nombreux romans romans, je les ai choisi un peu par hasard.
      Mais son écriture est plein de charme, il y a effectivement un combat entre un chien et son tortionnaire, et nous avons les pensées des deux protagonistes. Nous avions la même chose dans ‘le veau’, c’est le ‘Jean de la Fontaine’ chinois 🙂

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