Saules aveugles, femme endormie de Haruki Murakami

Saules aveugles, femmes endormies de Haruki Murakami
Saules aveugles, femmes endormies de Haruki Murakami

23 nouvelles composent cet ouvrage. De petites nouvelles du quotidien qui vont nous plonger dans un monde poétique, absurde ou  les coïncidences apportent leur lot d’insolite.  Pour preuve le titre de cet ouvrage en est un condensé : « Les saules aveugles sont pleins d’un pollen très puissant. De toutes petites mouches chargées de ce pollen s’introduisent dans les oreilles de la femme et la font dormir. »

  1. Saules aveugles,femmes endormies : (15 pages) (Le massacre de fort Apache ) Le narrateur amène son cousin à l’hôpital pour qu’il se fasse examiner une oreille. Ce déplacement lui rappelle un souvenir
  2. Le jour de ses vingt ans : (12 pages) une jeune femme se trouve obligé de travailler le jour de ses vingt ans. Des xxxx particuliers vont lui faire rencontrer un vieil homme qui lui demandera un souhait. 
  3. La tragédie de la mine de New-York :  (12 pages). Un homme a une attirance pour les zoos lors des passages des typhons. Il est question de la mort dans cette nouvelle. +++
  4. L’avion ou il se parlait à lui-même comme s’il lisait un poème: ( 49 pages) +++
  5. Le miroir : (6 pages ) Le narrateur, nous raconte veilleur de nuit, retrouve un autre lui en face du miroir.
  6. Un récit folklorique de notre temps : la préhistoire du capitalisme à son stade ultime (23 pages) : Le narrateur H.M. est une personne qui écoute et écrit les histoires des gens, ici un camarade de collège des plus ennuyeux. Histoire très touchante +++
  7. Le couteau de chasse (16 pages ) : Le narrateur passe des journées à la plage avec sa femme. Un jeune homme handicapé et sa mère
  8. Le bonjour pour les kangourous (4 pages) : Une obsession pour voir un bébé kangourou, mais de nombreux contre temps, de l’appréhension, des craintes …
  9. Le petit grèbe (7 pages) : « Avance tout droit dans le couloir. Arrivé à un croisement, tu trouveras une porte. »
  10. Les chats mangeurs de chair humaine (21 pages ) :En vacances en Grèce, le narrateur raconte à Izumi les nouvelles : Mais quel a été le sort des chats ?, puis comment sont ils arrivés dans cette île. Puis le narrateur raconte l’histoire d’un chat qui disparut  (disparition, chat) 
  11. L’histoire d’une tante pauvre (17 pages) Une tante pauvre (inconnue) s’empare du coeur du narrateur (disparition, raisons et causes ) et s’accroche sur le dos du narrateur. Chacun l’interprète comme une signification différent
  12. Nausée 1979 (12 pages ) : Un de ses amis dessinateur s’adonne au sexe rapide. Tous deux amateurs de Jazz, mais il est atteint de nausées / coups de fil. Le narrateur est nommé : « Murakami, qu’est ce que tu aurais fait à ma place ? « 
  13. Le septième homme (15 pages) : « Une vague énorme faillit m’emporter un après-midi de septembre, alors que j’avais dix ans » , lors du passage d’un typhon; Témoignage touchant et psychose.
  14. L’année des spaghettis (6 pages) :
  15. Les vicissitudes des piqu’crocks (6 pages ): Un concours de gâteaux pittoresque avec les corbeaux
  16. L’homme de glace (11 pages) : Inviter son conjoint l’homme de glace au pôle sud !!
  17. Les crabes (8 pages ) : Une over-dose de crabes
  18. La lucioles ( 22 pages ): Le narrateur à l’université raconte sa vie et ses rencontres. (+/-)
  19. Hasard, hasard (20 pages) : nouvelle autobiographique, avec digressions Jazzy sert de base à raconter l’histoire d’un ami gay, de cancer. (+++)
  20. La baie de Hanalei (20 pages )  Le fils de Sachi est mort noyé, une jambe mangé par un requin en faisant du surf. Sa mère va sur ses traces (++)
  21. Ou le trouverais-je (19 pages ) : »Le père de mon mari a été écrasé par un tramway il y a trois ans. Il est mort », et le mari a disparu entre deux étages, le narrateur se met  sa recherche.
  22. La pierre qui en forme de rein qui se déplace chaque jour (18 pages ) ; une rencontre une histoire d’amour éphémère entre un écrivain et une inconnue.
  23. Le singe de Shinagawa (17 pages ) : Amnésie, oubli, trou de mémoire de son nom ? , Cette femme va consulter secrètement un psychiatre, une enquête est menée pour découvrir un single kleptomane !!!

Des nouvelles qui nous emportent, fruits des groupes de discussion dont l’auteur va transcrire le récit « Un récit folklorique de notre temps : la préhistoire du capitalisme à son stade ultime », et qui parfois s’envolent dans l’irréel, le rêve . A la limite de l’absurde de temps en temps. C’est la touche de magie de Murakami. 

Dans ces nouvelles on aime ou on déteste, on fait une escale dans l’imaginaire, il n’y a pas de fin abrupte Il faut se cramponner à la réalité . J’ai un contact différents selon ces nouvelles, certaines me font plonger en apnée dans un univers parallèle fantastiques pour atteindre les rivages de l’imaginaire. Mais ce voyage se fait toujours avec de la musique, une sélection d’artistes choisis par l’auteur qui vont sublimer une autre partie de nos sens.  On pourra malgré cela chercher des allégories, métaphores et symboles pour se rassurer 🙂  

J’ai trouvé la qualité de ces nouvelles assez inégales quand au traitement qu’il apporte  mon affect  Toutes ces nouvelles m’apportent une atmosphère et des notes touchantes provenant de cet univers patchwork  mais pas autant qu’un roman. Pour ajouter un peu de mystère l’édition originale comportait 24 nouvelles, la nouvelle « Tony Takitani » a été publiée à part en français  Elle fait partie de la version japonaise et anglaise du recueil mais n’est pas reprise dans son édition française (qui ne compte donc que 23 nouvelles sur les 24 d’origine)

Références :

    • Balzac : Oeuvres choisies (#3)
    • The Only Game in Town (#3) film avec Warren Beatty et Elizabeth Taylor
    • Auld Lang Syne : chanson écossaise plus connue sous le nom de Ce n’est qu’un au revoir,written by Robert Burns in 1788
      • Home on the Range
      • Opéra : Verdi, Puccini, Donizetti, Richard Strauss (#4)
    • #6 : The Doors, Bob Dylan, The Beatles, JL Godard, et Kenzaburô Ôé
    • #7 Quintette pour clarinette de Mozart, Rolling Stones, Marvin Gaye, « Autant en emporte le vent » , Claude Debussy
    • #8 Stevie Wonder et Billy Joel
    • #10 : Lennie Tristano, Al Haig, Claude Williamson, Lou Levy, RUss Freeman, André Previn
    • #12  Coleman Hawkins, Lionel Hampton, Trio Pete Jolly, Vic Dickenson, Concert by the Sea d’Erroll Garner
    • #14 William Holden accompagné de Jennifer Jones J.G.Ballard
    • #18 Dear Hart d’Henry Mancini
    • #19 Dickens
    • #20 Bill Evans, Red Garland, Wynton Kelly 
    • Un chat ? — Oui, oui, il y a deux semaines. J’étais dans le Hokkaido pour mon travail et j’ai fait un tour dans un zoo, pas loin de mon hôtel. Il y avait un chat endormi dans une petite cage avec un écriteau qui mentionnait : « chat ». — Quelle sorte de chat ? — Oh, tout à fait ordinaire. Tigré marron et une queue courte. Incroyablement gras. Il restait là, affalé sur le côté. — Peut-être les chats ne sont-ils pas très courants dans le Hokkaido ? — Voyons, tu plaisantes ! Il y a forcément des chats là-bas.

Extraits :

  • L’hécatombe était accompagnée d’un très étrange cri de guerre. Comme si quelqu’un, depuis le sommet d’une colline métaphysique, avec dans les mains une mitrailleuse métaphysique, nous arrosait de tirs métaphysiques. En fin de compte, la mort, ce n’était que ça.
  • — Quelquefois, nous n’avons pas besoin des mots, reprit le vieil homme, comme s’il ne m’avait pas entendu. C’est plutôt les mots qui ont besoin de nous. Si nous n’existions plus, les mots perdraient leur fonction. Ne le croyez-vous pas ? Ils s’évanouiraient en tant que mots qui ne seraient plus jamais prononcés ; et les mots que l’on ne parle plus ne sont plus vraiment des mots. — Très juste, répondis-je.
  • Le « je » dont il est question ici fait référence à l’auteur de ce texte. Autrement dit, à moi, Haruki Murakami. J’utilise la plupart du temps un narrateur qui parle à la troisième personne, mais maintenant, au tout début de cette nouvelle, celui-ci se dévoile. Exactement comme dans ces pièces de théâtre à l’ancienne, où l’auteur fait un petit discours devant le rideau de scène, puis s’incline face à son public : « Je vous assure que je suis sensible à la patience dont vous faites preuve, et je vous promets que je ne serai pas trop long. »
  • Je fermai les yeux pour mieux percevoir les parfums du vent. Une brise de mai, gonflée comme un fruit à la peau rêche, à la pulpe onctueuse, aux graines abondantes. La pulpe se répandait dans l’air, relâchant les graines semblables à une douce chevrotine qui atteignait mes bras nus. Je ne ressentais pas la moindre douleur. « Quelle heure est-il ? »
  • Qu’un poète meure à vingt et un ans, qu’un révolutionnaire ou une rock star disparaissent à vingt-quatre, passe encore. Mais pour vous, une fois ce cap franchi, selon les pronostics les moins optimistes, tout devrait bien se dérouler. Vous avez dépassé le Dead Man’s Curve, vous êtes sorti du tunnel, vous roulez droit vers votre but sur une autoroute à six voies – que vous l’ayez vraiment voulu ou pas. Vous vous êtes coupé les cheveux.
  • La femme qui mourut en décembre était la plus jeune. Elle avait vingt-quatre ans. Vingt-quatre ans, l’âge où meurt une révolutionnaire ou une rock star. Une nuit froide et pluvieuse, juste avant Noël, elle fut écrasée dans l’espace tragique (et pourtant parfaitement banal) compris entre un camion qui livrait de la bière et un poteau téléphonique en béton.
  • Les saules aveugles sont pleins d’un pollen très puissant. De toutes petites mouches chargées de ce pollen s’introduisent dans les oreilles de la femme et la font dormir.
  • La bizarrerie de la situation lui était devenue presque insupportable. Il se voyait comme quelqu’un qui avait mené sa vie selon son propre code de valeurs. Mais quand il était dans cette chambre, qu’il enlaçait cette femme plus âgée, muette, tout en écoutant le bruit des trains, il sentait parfois qu’il errait en pleine confusion. « Est-ce que je l’aime ? » ne cessait-il de se demander. Jamais il ne parvenait à une réponse tout à fait satisfaisante.
  • Quand on commence à avoir ce genre de pensée, tu ne crois pas qu’il s’agit des premiers symptômes d’une schizophrénie ? — Sauf que je ne pense pas qu’il existe beaucoup de schizophrènes qui se préoccupent des symptômes de la schizophrénie, répondis-je. — Bon, d’accord. Tu as raison.
  • « Le sexe express, c’est pas mal, me racontait-il. Tu gardes pratiquement tous tes vêtements, tu te dépêches autant que tu le peux, et hop, ça y est. Parce que le sexe courant, ordinaire, parfois, ça n’en finit plus, tu ne trouves pas ? »«
  •  Parfois je me dis que le cœur des gens est comme un puits très profond. Personne n’en connaît le fond. Ce que tu peux en imaginer, c’est seulement d’après ce qui flotte à la surface. »
  • Voilà ma vie aujourd’hui. — Elle me paraît plutôt réussie. — Même si le pare-chocs de mon Audi a été cabossé en deux endroits ? — Les pare-chocs sont faits pour être cabossés, non ? — Tiens, voilà qui ferait un beau slogan ! »
  • « Ton vrai moi a été mangé par les chats, répondit la voix d’Izumi, provenant de je ne sais où. Pendant que tu restais là, les chats affamés t’ont dévoré, ils ont complètement ingurgité ton vrai moi, et il ne reste que tes os. »

Divers :

  • Nouvelles écrites de (1980-2005)
  • Collection Belfond, 2006
  • Ebook : 10,9 heures de lecture, 13 minutes par session, 1050 pages tournées, 1.6 pages /min
  • Note : ***** (3,8/5)

 

7 réflexions sur “ Saules aveugles, femme endormie de Haruki Murakami ”

    1. Bonjour,
      Je n’ai pas lu toute l’oeuvre de Murakami, mais je lui trouve plusieurs facettes, nouvelles et romans qui ont une part de fantastique, chargé d’onirisme ou de surréalisme. Et certaines de ces nouvelles sont parfois déroutantes, mais ce qui est agréable avec les nouvelles c’est que l’on peut passer de l’une à l’autre. Mais je ne suis pas sûr que ces nouvelles reflètent complètement l’oeuvre de Murakami. Il faudrait voir d’autres avis de lecteurs. Pour ma part j’ai beaucoup apprécié « Kafka sur le rivage » et surtout « Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil ».

  1. Même si c’est vrai que leur qualité n’est pas toujours égale, mais Murakami est quand même très fort en nouvelles je trouve, avec toujours cette ambiance particulière.

  2. Personnellement j ai lu « 1Q84″ dont les deux premiers tomes sont excellents ..le 3 eme de moins bonne facture.. »la ballade de l impossible » totalement indigeste pour moi…en revanche j ai apprécié son dernier livre « L incolore tuskuru tazaki et ses années de pèlerinage » , facile à lire..accrocheur au fil des pages, .un style leger, nuageux

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