Pinball 1973 (Le flipper de 1973) de Murakami Haruki

 

Pinball 1973 (Le flipper de 1973) de Murakami Haruki
Pinball 1973 (Le flipper de 1973) de Murakami Haruki

« Pinball, 1973 » est le second roman de la « trilogie du rat »,  Le premier roman est « Ecoute le chant du vent » / « Hear the Wind Sing » (1979) et le dernier « La course au mouton sauvage » (1982), c’est également la seconde nouvelle écrite par Murakami.
On pourrait décrire cette nouvelle comme un essai sur les flippers. Mais, le flipper n’est qu’un prétexte, on suit le narrateur qui monte sa boîte de traduction, Puis s’entremêlent sa vie qui se partage entre deux jumelles, sa solitude et puis celle du Rat.

 L’histoire du rat et celle du narrateur son menés en parallèle, leurs histoires présentent de nombreuses similitudes. De profondes questions métaphysiques sont soulevées sur l’importance des entrées / sorties. Les choses possédant une entrée et sortie pourraient être considérées comme viable ( en bonne santé), alors que les autres sans les deux extrémités semblent corrompus ….   Puis une soirée d’un dimanche de cet automne, un flipper s’est littéralement emparé de l’esprit du narrateur.  Une obsession maladive (comme celle pour un mouton). 🙂

Atmosphère fantastique, parfois suffocante ou perturbante, une narration poétique : »J’ai rêvé Trotski et des quatre rennes. Les quatre rennes portaient tous des chaussettes de laine. C’était un rêve affreusement froid » ou « les étoiles du ciel rappelaient des moisissures de persil »

La nouvelle explore entre autres les thèmes de la solitude, du fatalisme, et d’interrogation existentielle, du temps et de son inexorabilité « Chaque jour répétait le précédent à l’identique. Jour qu’il aurait fallu corner d’un pli pour ne plus le confondre avec les autres« . . Murakami a un style inclassable, mêlant poésie de l’absurde et métaphore. On retrouve un narrateur entouré de jumelles, mais seul, avec les sempiternelles cigarettes, bières et whisky. Féru de littérature et de musique, on retrouve tout au long du roman de nombreuses références. C’est l’écrivain japonais le plus américanisé qu’il m’est donné de connaître.

Un de ses premiers romans, surréaliste, mais rapide à lire et qui reste surement une bonne introduction à « La course au mouton sauvage ».  

« Ecoute le chant du vent » n’est pas traduit en Français pour l’instant.

Extraits :

  • Plusieurs mois, plusieurs années durant, je suis resté seul assis au fond d’une piscine d’eau profonde. Eau tiède, lumière douce, et silence. Et silence …. p23
  • Le Rat passait des après-midi paisibles à lézarder sur une chaise-longue en rotin. Les yeux vaguement fermés, il sentait le temps s’écouler à travers son corps comme un courant d’eau légère. Et cela durait des heures, des jours, des semaines.  p28
  • Dans la soirée d’un dimanche de cet automne, un flipper s’est littéralement emparé de mon esprit p68
  • Chaque jour répétait le précédent à l’identique. Jour qu’il aurait fallu corner d’un pli pour ne plus le confondre avec les autres. p53
  • Le temps, comme toute chose, passe trop vite, dit-on. Cela avait même passé si vite que c’en était presque difficile à croire. À certains moments, sa vie intérieure était si violente que ses émotions perdaient brusquement leur couleur, et changeaient de forme comme, dit-on, dans de vieux rêves sans signification.
  • L’écoulement du temps pour le Rat s’était visiblement rompu quelque part avec un craquement. Pourquoi en avait-il été ainsi, le Rat ne le savait pas. Il n’était même pas capable de situer le point de rupture. Il errait dans l’obscurité du fragile automne, gardant à la main une corde lâche. Il a traversé des prairies, franchi des rivières, poussé de nombreuses portes. Cependant la corde lâche ne l’a mené nulle part. Comme le courant d’une rivière face à la mer, comme une mouche inquiète pour ses ailes face à l’hiver, le Rat était seul et désarmé. Le Rat sentait qu’un mauvais vent s’était mis à souffler jusqu’à emporter sa propre sphère intime de l’autre côté du globe terrestre.
  • Quelquefois le téléphone hurlait comme un éléphant affolé qui pressent sa mort (trente deux fois, c’est le maximum que j’ai compté), et il mourait. « Il mourait », l’expression est juste, littéralement. Quand le son de la dernière sonnerie à travers les longs couloirs de l’immeuble s’éteignait dans l’obscurité de la nuit, le silence retombait soudain tout autour.

Personnages :

  • Le narrateur : Traducteur free lance
  • Le Rat
  • Jay : le barman chinois
  • Les jumelles 208 et 209 

Références :

Divers :

  • Titre original :Sen-Kyūhyaku-Nanajū-San-Nen no Pinbōru
    1973年のピンボール
  • nouvelles, 1980
  • Traduction : Hervé Audouard
  • Parution 2014
  • Ebook : 4,1 heures de lecture, 20 minutes par session, 306 pages tournées, 1.2 pages/min
  • Note ***** (3,5/5)

4 réflexions sur “ Pinball 1973 (Le flipper de 1973) de Murakami Haruki ”

  1. Désolée pour ma réaction tardive, mais bienvenue dans le challenge !!
    J’ai l’impression que ce livre est très difficile à trouver, ta critique sur le sujet en est d’autant plus intéressante.
    J’aime beaucoup le principe de répertorier les références !

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