L’amour et les forêts de Eric Reinhardt

L'amour et les forêts de Eric Reinhardt
L’amour et les forêts de Eric Reinhardt

Eric écrivain de renom, un homonyme à Eric Reinhardt ? reçoit de nombreux courriers de ses lecteurs; en particulier une lettre d’une lectrice qui l’intrigue : Bénédicte Ombredanne, professeur de lycée à Metz. Il va alors rencontrer cette femme dans un café au Palais-Royal à deux reprises et, il découvre alors la tragique vie et le combat incessant que cette femme mène pour essayer simplement de vivre, de survivre. 

Plusieurs volets dans ce roman , la rencontre de Bénédicte O. (bizarrement elle est toujours nommée avec son prénom – nom , pour prendre de la distance ?)  avec Eric. Puis dans le deuxième volet nous plongeons dans la vie de Bénédicte O. Son mari la harcèle, c’est un harceleur certifié, un faible, un sadique. Elle, Bénédicte n’en peut plus et va voir ailleurs sur un site de rencontre sur internet. A ce moment on se retrouve dans la partie haute du cycle, ou l’on rencontre des moments amusants (avec Christian Playmobil), et d’autres cocasses (l’inscription sur Meetic). Mais ce n’est qu’une introduction à l’univers de la violence conjugale et pour sombrer de façon encore plus profonde dans la destruction,

C’est dur, c’est impitoyable c’est beau (dans l’écriture et la narration), c’est d’une tristesse sans fond  et lié à des courts moments de bonheur extrêmes. Les rapports masochistes qu’elle a avec son mari, avec elle-même, s’auto infligeant des souffrances, des privations incompréhensibles pour le lecteur. 

Deux choses m’ont particulièrement choqué. Les rapports conflictuels qu’elle entretient avec sa fille ( en période d’adolescence qui se rebelle), qui traite avec dédain sa mère « je ne veux pas devenir comme toi, tu n’est pas la pour me donner des conseils : regarde-toi » . Encore 13 ans de bagne, de soumission pour Bénédicte jusqu’à ce que le petit Arthur soit grand. Culpabilité et lâcheté également, avec une vue macroscopique de toute la description des faits, on s’aperçoit que personne ne vient la sauver de son auto-suicide (sa soeur, ses amis, les institutions, les médecins), une non assistance se met en place. Bénédicte se serait ouverte, se serait confiée, aurait parlée (si, si … ) elle aurait été sauvée, mais elle ne veut pas, elle refuse…. Alors on assiste spectateur impuissant à cette longue agonie.

Il semble qu’on soit dans l’allégorie de la caverne ( lors de sa rencontre avec Playmobil), mais Bénédicte est plutôt atteint du syndrome de la martyre (dans sa soif de souffrir, de s’auto flageller, de ne pas se rebeller, … ). Sa soeur, que Eric  va rencontrer,  va nous conter sa vie, les choix incompréhensibles qu’elle va faire, son premier divorce. L’aveuglement de ses sentiments. Et l’histoire que va nous conter Marie-claire est une analyse tous les rouages les déconvenues les trahisons et les supplices de la mise en place d’une situation de harcèlement,

 Un roman vraiment prenant, vertigineux sur un thème très violent. Ce n’était, a priori, pas un premier choix mais grâce à un conseil de lecture 🙂  avisé, j’ai beaucoup apprécié. C’est donc le premier roman d’Eric Reinhard que je lis, mais je serais bien tenté par un second roman.

Extraits :

  • Mais peut être n’était-elle pas si innocente que ça cette métaphore de l’hématome au visage p 68
  • Il s’en fallut de peu que B.O. ne giflât sa fille. Ce qui retint sa main fut que cette gifle eut été d’une violence disproportionnée, lourd de douze ans d’abnégation, d’absolu dévouement p90
  • On dit somatiser : on dit que les gens somatisent, qu’ils produisent des maladies en réaction aux coups qu’ils prennent, à leurs angoisses, aux contrariétés qu’ils rencontrent. La dureté de ce que ma jumelle devait supporter venant de son mari la faisait somatiser par des maladies graves. Il n’y avait aucune vie chez eux, aucun amour, rien. Même de la part de ses enfants. Elle est morte de désolation. Il l’a tuée.
  • Toutes les fois qu’elle était en sa présence et que leurs enfants n’étaient pas là, la machine à accuser, la machine à questionner, la machine à calomnier, la machine à recouper, la machine à enquêter qu’il incarnait déversait sur Bénédicte Ombredanne sa production plaintive.
  • Il fallait voir comment elle défendait les autres, à l’école, quand elle était déléguée de classe, elle se battait comme une furie et jusqu’au bout, mais elle, en revanche, elle était incapable de se défendre elle-même. Si on veut être heureux, il faut aussi penser un peu à soi. Ça, Bénédicte, elle ne l’a jamais compris, elle pensait que son bonheur passait par le bonheur des autres. C’est ce qui nous a toujours différenciées, mais cette tendance s’est encore accentuée avec l’âge — elle a atteint son paroxysme lors de son second mariage
  • Normalement, ce qu’on acquiert dans ses rêves, on le perd au réveil, malgré tous les efforts que l’on peut faire pour conserver dans ses mains le profit de ses pérégrinations oniriques.
  • Un jour, j’ai dit à Bénédicte que j’avais des clientes qui haïssaient tellement leurs maris qu’elles trouvaient qu’ils sentaient mauvais. Tu te rends compte du calvaire, mais c’est horrible, comment font-elles pour tenir ! On s’en va quand c’est comme ça, on ne reste pas avec un homme dont on peut dire qu’on ne supporte plus son odeur ! lui ai-je dit ce jour-là. Eh bien Bénédicte, à la fin de sa vie, elle m’a dit que son mari sentait mauvais, que quand il l’embrassait elle lui trouvait une odeur. Elle m’a demandé : tu n’as pas remarqué, Marie-Claire, quand tu lui dis bonjour, qu’il dégage une odeur ? Pour la première fois de ma vie je comprends l’expression ne plus pouvoir sentir quelqu’un, m’a-t-elle alors avoué.
  • Ce bel incipit rétinien.

Références littéraires :

  • La montagne magique de Thomas Mann

Personnages :

  • Bénédicte Ombredanne  36 ans, professeur de lettres 
  • Jean-François
  • Arthur 5 ans, Lola 12 ans
  • Christian / Playmobil677
  • Marie-Claire : la soeur jumelle de Bénédicte

Divers :

  • Gallimard, rentrée littéraire 2014
  • Ebook 9,4 heures de lecture, 28 minutes par session, 1210 pages tournées
  • Note ***** (3,8/5)

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