La chasse à l’enfant de Taeko Kôno

La chasse à l'enfant de Taeko Kôno
La chasse à l’enfant de Taeko Kôno

Six nouvelles qui nous font rentrer dans la sphère obsessionnelle de Taeko Kono, le ton est mis sur les femmes, leurs fantasmes, de déni de la maternité, la critique de la vie de couple. Exutoire à la vie programmée des femmes, les relations et les fantasmes des femmes sont plus orienté vers des relations sadomasochiste plutôt que sur la banalité de vie de couple.

La chasse à l’enfant : Akiko est une femme étrange, elle possède une violente répulsion envers les petites filles. Par contre, Akiko a une attirance maladive pour les petits garçons, elle achète des vêtements et les offre au garçon de son entourage au plus grand mystère de ses proches. Akiko entretient également des relations sadomasochiste avec son amant Sasaki qui gêne son voisinage. Akiko avec une perversité nous décrit les garçonnets d’une façon naturelle mais des plus suggestives : elle touche l’enfant, le déshabille, caresse les bras dodus. Puis Akiko nous révèle dans ses rêves une scène de torture ou elle donne des indications à un père pour punir son fils. Tortures allant jusqu’à ce que les entrailles du jeune garçon se déversent sous les coups portés.

Les crabes : On est imprégné de la première nouvelle, et en passant à la seconde ‘Crabe’, on ressent un goût étrange pour les relations de Yuko pour son neveu. Yuko va rechercher désespérément des crabes pour son neveu sur les plages pendant ces quelques jours ou elle garde l’enfant.

La neige : Une psychose d’enfance liée à la neige, un infanticide,  amour et sévérité sera le lot de Hayako.

Derrière les murs:  Juin 1945, Masako, jeune lycéenne est requisitionnée pour travailler en usine (Effort de guerre) de fabrication d’uniformes. Dans cette usine aux allures de prisons, elle va recueillir un jeune enfant qui a échappé aux bombardements. Elle et ses amies ne vont pas informer les responsables. Cette nouvelle a un caractère autobiographique, l’auteure est mobilisée adolescente pour travailler dans une usine pendant la Seconde Guerre mondiale

Théâtre : Hideko, une jeune femme rencontre un couple étrange au théâtre lors de la représentation d’un opéra : un bossu accompagné d’une beauté. Elle se fait inviter dans ce couple aux relations étranges. Hideko dont le mari travaille à l’étranger ne se satisfait pas de ses relations, elle trouve une excitation à la soumission de la beauté. Elle dévoilera une passion masochiste.

Derniers instants : Dernière nouvelle, qui possède des notes fantastiques. Noriko est à la porte de la mort et supplie pour un sursis afin de se préparer. Elle obtient 26 heures. Elle va consacrer à faire le ménage, puis laissé des notes à son mari. Elle fera un point sur sa vie de couple.

Toutes ces nouvelles mettent en rapport des enfants et des femmes, mais aussi de leurs relations de couple, les désirs. Les hommes sont présents pour infliger les punitions : le père, le lieutenant. Une atmosphère oppressante, mais rien n’est dit, les désirs sont indicibles. j’ai été imprégné du caractère de Akiko dans cette première nouvelle et celui ci à déteins sur la lecture de crabes la seconde nouvelle.

Elle présente de déni de la maternité et de la femme mère.  Ces femmes (proche de l’auteure Fumiko Enchi) sont les antithèses de la femme soumise au Japon. La rébellion contre la vie de famille, le mariage, la maternité. Le goût pour les pratiques sadomasochiste se retrouvent également dans ces deux auteurs. Si enfantement il faut que ce soit un garçon : est ce le complexe d’Œdipe?  Des pulsions troubles vivent au coeur de toutes les femmes de Taeko Kono 

Un livre qui met mal à l’aise, de façon indicible car un style et des descriptions légères, poétique. Mais Un excellent livre de nouvelles, il est dommage que cette auteure soit si peu connue,  la qualité littéraire n’a rien à envier à Ogawa par exemple, les obsessions et perversité sexuelles la rapprochent de Tanizaki. 

Extraits :

  • Il a réussi à entrer, mais il ne peut pas sortir. On dirait une petite crevette entortillée dans les tentacules d’une anémone de mer, dit une des élèves sur un ton amusé en regardant l’enfant dormir ( Derrière les murs, p149)
  •  Demain j’irais acheter un fouet.
    Un fouet ?
    J’en ai rien à faire. Je l’achèterais même si tu n’en as rien à faire. Il y en a à partir de six cents yens, pour les chiens…. Tu sais qu’avec mille yens, on peut avoir quelque chose d’impressionnant, en cuir tout noir, le manche carré, les lanières tressées avec au bout un noeud qui ploie…., poursuivit-elle févrieusement. Ils en vendent au rayon des colliers de chien, dans les grands magasins : je suis déjà allé voir en espérant que tu m’en rapportes un, un jour. Il suffira que j’y aille demain. Et puis, le soir, je commencerai par me fouetter, la première. D’accord ? il n’y a pas de solutions pour nous, si ? …. (Théâtre, p230)

Divers :

  • Chasse aux jeunes enfants (幼 児 狩 り) est publié et reçoit le prix Shinchosha en 1962, « Toddler Hunting » est le titre Anglais.
  • Kani (Japanese: 蟹, Kani) : Crabes a obtenu le prix Akutagawa en 1963
  • Aux Editions Du Seuil, 1990
  • Traduction Cécile Sakai
  • Note : ***** (4,5/5)

Quatrième de couverture :

Châtié, le style de Taeko Kôno ménage, au sein de descriptions anodines, des images fulgurantes. L’existence apparemment si sage de l’héroïne se déchire à l’aveu nu d’une perversité désarmante. La résonance cruelle et tendre de cette œuvre en éclats a placé son auteur au premier rang de la littérature japonaise contemporaine.

2 réflexions sur “ La chasse à l’enfant de Taeko Kôno ”

  1. Premier contact pour moi avec taeko kono à travers ce recueil de nouvelles dont l univers est particulierement ambigu, trouble, pervers. la chasse a l enfant et les crabes décrivent le penchant de l heroine pour les petits garcons, son rejet des petites filles. On assiste ds la 1ere nouvelle a une scène terrifiante et éprouvante de torture sur un enfant.
    Taeko kono, tout au long de ces nouvelles et a travers des portraits de femmes, explorent les relations sm, les phobies (la neige), les pulsions perverses. Un non conformisme parfois déroutant mais intriguant. Des histoires qui ne laissent pas indifferent ( j ai surtout accroché aux 3 premières nouvelles) . Un livre qui donne envie de connaitre davantage cette auteure.

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