L’oubli de Frederika Amalia Finkelstein

L'oubli de Frederika Amalia Finkelstein
L’oubli de Frederika Amalia Finkelstein

Raconter l’histoire d’un grand père qui a échappé à la Shoah, et en parler avec tant de cynisme : « Un jour quelqu’un m’a demandé si mon grand-père était mort à Auschwitz. J’ai répondu : « Non, à Buchenwald. » Il m’arrive de mentir.

Quelques pages plus loin on apprend que son grand-père a échappé de justesse à la déportation et aux camps pendant la Seconde Guerre Mondiale en quittant la Pologne et s’exilant en Argentine.

Jouer sur les paradoxes, sur la définition du mot ‘disparaître’ pour la solution finale, se poser des questions pertinentes:

Je me demande si les chambres à gaz avaient une odeur quelque peu semblable à l’odeur des semelles de mes chaussures, mais naturellement, infiniment plus forte. Je pense que cela est possible. Il aurait fallu pouvoir le demander à un Juif ayant fait l’expérience de la chambre à gaz, mais ce Juif est mort. À un SS ? Il semble, d’après ce que j’ai lu, que les SS sont des êtres remarquablement doués pour l’obéissance : il suffit d’un ordre. J’aurais ordonné à un SS de sentir mes tennis, je lui aurais ordonné, sur-le-champ, de me dire si l’odeur de mes chaussures avait un quelconque lien avec l’odeur caractéristique d’une chambre à gaz après le travail accompli, vous pouvez être certains que j’aurais obtenu une réponse positive ou négative, et une réponse détaillée.

Comment est-il possible d’être atteint de froideur, d’inconvenance …. Et je ne cite qu’un seul passage, car le livre est malsain du début à la fin.

Je n’ai surement pas d’humour, d’esprit philosophique, ni de second degré… Mais il parait que ce livre est une merveille, le traumatisme inconscient qui réapparait une génération plus tard. 

On se sent prêt pour le Buzz littéraire de la rentrée, surtout que je viens de lire Charlotte, de David Foenkinos que je recommande, dont le roman est beaucoup moins opportuniste que ce dernier. D’ailleurs je vais mettre en pratique son titre pour l’oublier le plus rapidement possible.

A éviter si possible, mais sera surement le livre polémique de la rentrée 2014, bravo pour ce buzz littéraire, Frederika Amalia Finkelstein.

Citations :

  • Ce n’est qu’une hypothèse, mais je le pense maintenant : il se pourrait que le suicide d’Adolf Hitler et l’attentat manqué de Claus von Stauffenberg soient à l’origine de l’existence de mon Macintosh, de mes jeux vidéo — de toute la technologie.
  •  Adolf Hitler n’était pas capable d’amour, sinon il aurait épargné sa femme. À moins qu’Adolf Hitler ait compris que le monde à venir serait dépourvu d’espoir.
  •  J’ai bu de l’eau. En vérité je voulais du Sprite. J’ai vérifié que j’avais assez d’argent pour un verre de Sprite puis je me suis levée.
  • J’aurais dû dire à Martha Eichmann que son grand-père avait échoué : qu’il n’avait pas réussi à éliminer tous les Juifs d’Europe. Il le savait sans doute. Pourtant, quand j’ai regardé Martha Eichmann, j’ai cru voir dans ses yeux l’illusion de la victoire. Quand j’ai prononcé devant elle le nom : Adolf Eichmann, j’ai flairé le respect, et même une certaine forme de fierté. Après tout Adolf Eichmann n’était pas n’importe qui : Adolf Eichmann était quelqu’un — tout comme Hitler était quelqu’un 
  •  Je regardais Martha Eichmann manger sa viande, je la regardais mâcher l’animal mort en veillant à lui sourire.
  •  Un filet de sang coulait dans mon assiette. J’aurais dû penser aux morts. Je n’ai pas pensé aux morts. La nappe était douce, 100 % coton. Mes mains glissaient sur elle : je cherchais la blancheur. Je regardais Martha Eichmann, puis je regardais ailleurs, puis je regardais à nouveau Martha Eichmann. Je me disais : « Alma, tu n’es pas dans un jeu vidéo. » Si j’avais vomi ma viande de bœuf, j’aurais vomi du sang de bœuf, mais je n’ai pas vomi. Je me sentais calme, je suis rentrée chez moi.
  •  les choses auraient probablement été plus simples si mon grand-père avait été exterminé, asphyxié au Zyklon B ou tué d’une balle dans la nuque, puis jeté dans une fosse. Car il y a un contrecoup au court-circuit. Ce contrecoup, nous pourrions l’appeler l’errance.
  •  Je me demande si les chambres à gaz avaient une odeur quelque peu semblable à l’odeur des semelles de mes chaussures, mais naturellement, infiniment plus forte. Je pense que cela est possible. Il aurait fallu pouvoir le demander à un Juif ayant fait l’expérience de la chambre à gaz, mais ce Juif est mort. À un SS ? Il semble, d’après ce que j’ai lu, que les SS sont des êtres remarquablement doués pour l’obéissance : il suffit d’un ordre. J’aurais ordonné à un SS de sentir mes tennis, je lui aurais ordonné, sur-le-champ, de me dire si l’odeur de mes chaussures avait un quelconque lien avec l’odeur caractéristique d’une chambre à gaz après le travail accompli, vous pouvez être certains que j’aurais obtenu une réponse positive ou négative, et une réponse détaillée.
  • Ma famille m’a caché beaucoup de détails, les familles ont toujours horreur des détails, la généalogie leur fait maintenant défaut. Je suis précédée par trois quarts de vide. Il n’y a que la vie de mon grand-père que je connais un peu, pour la simple raison qu’il a été un héros, le héros de sa fille. La vie de mon grand-père m’a été transmise mythiquement, avec beaucoup de chiffres et de données. Je ne me fais aucune illusion, on m’a forcément menti.
  • Je viens de le dire, je le redirai : nous avons eu l’illusion de la victoire en 1945, alors qu’en réalité nous avons échoué. Je ne dis pas que les nazis ont gagné la guerre : je dis qu’Adolf Hitler l’a gagnée par son suicide, et à cela je vous conseille de croire. Nous vivons encore sur le court-circuit d’un seul homme.
  • Je n’arrive jamais à être seule : je suis donc seule au monde. Les morts me suivent. Je ne sais pas d’où ils viennent ni ce qu’ils veulent. Ils surgissent à n’importe quel moment du jour ou de la nuit.
  • Dans son adolescence, Adolf Hitler s’amusait à tirer au revolver sur des rats. Dans sa vie d’adulte, Adolf Hitler a mis en place un processus visant à faire du peuple juif un peuple de rats qu’il fallait éradiquer. En tant que descendante d’un peuple exterminé comme un rat, je ne peux pas vivre en paix. Il faut donc que j’oublie : cela est indispensable.
  • Il n’y a pas de pendule dans ce McDonald’s mais je pense qu’il est moins de 10 heures. Je regarde le ticket de caisse : il était 10 h 12 il y a peu. J’ai toute la journée devant moi. 10 h 12 est peut-être l’heure parfaite. Je me demande ce que faisaient les Juifs à Auschwitz à 10 h 12. Je sais que Louis XVI est mort à 10 h 22 ; à 10 h 12 il était donc probablement déjà sur l’échafaud. Balthazar a pris l’avion pour les États-Unis autour de 10 h
  • suis-je emmurée vivante par la trace qu’ont laissée sur moi mes ancêtres ? Les traces peuvent nous ensevelir. C’est la raison pour laquelle je veux oublier.
  •  Ma canette était froide. J’ai aimé ce Pepsi, il m’a rendu le plus grand des services : il m’a désaltérée.
  •  Pour renoncer à son enfance il faut d’abord éliminer son chien Les nazis auraient pu choisir d’exterminer les chiens, ils ont choisi d’exterminer les Juifs. Je me demande pourquoi les Juifs, pourquoi pas les chiens —
  • Pour certaines personnes, gagner est tout ce qui compte. Mais il est vrai, je le répète, qu’Adolf Eichmann n’est pas allé jusqu’au bout, car si Adolf Eichmann était allé jusqu’au bout — éradiquer le peuple juif dans son intégralité —, je n’aurais pas pu me trouver vendredi à table en compagnie de Martha Eichmann, petite-fille d’Eichmann : je n’aurais pas existé. J’aurais aimé expliquer à Martha Eichmann que notre présence, ce soir, à la table d’un restaurant de la rue Oberkampf était la preuve que son grand-père avait perdu la partie
  •  Dans les jeux vidéo, après le game over, nous pouvons revenir. En vérité, nous ne perdons jamais, nous sommes dans l’impossibilité de perdre : nous rejouons. Il est possible qu’il en soit de même avec ce monde, néanmoins personne ne peut l’affirmer. Je suis peut-être destinée à revivre éternellement, comme dans un jeu, ce que les gens appellent « la vie » — ou « le monde »,
  • Le virtuel me fait oublier le pire, à savoir : le triomphe hitlérien.
  • Mourir asphyxié par le gaz ou par la terre est une vie en soi. Les secondes doivent être longues comme des années. Je me demande à quoi l’on pense à cet instant. Peut-être que l’on ne pense plus ; peut-être qu’enfin on arrête de penser. Parfois j’aimerais m’arrêter de penser.
  •  Un soldat meurt, la bataille continue. Une course hippique n’est pas un divertissement comme les autres. Une course hippique est une épreuve, un peu comme l’extermination des Juifs. On a abattu, on a continué.

Divers:

  • Edition Gallimard l’arpenteur
  • E-book: 3,3 heures de lecture, 24 minutes par session, 386 pages, 2 pages par minutes environ
  • Note : ***** (0,5/5)

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