La guerre des jours lointains de Akira Yoshimura

La guerre des jours lointains de Akira Yoshimura
La guerre des jours lointains de Akira Yoshimura

 

Au poste de commandement de l’Armée de l’ouest, Takuya Kiyohara est l’officier chargé de coordonner les informations des attaques aériennes.Il suit une à une les vagues de bombardier qui écrasent les villes sous un tonnerre de feu. « Le 28, trois mille deux cent dix appareils au total attaquèrent diverses régions du pays ». Et témoin il comptabilise les villes détruites, les morts. « Il avait souvent entendu dire que telle ou telle ville avait été détruite par les bombes incendiaires, mais le spectacle horrible auquel il était confronté dépassait de loin tout ce qu’il aurait pu imaginer. Les flammes innombrables se pressaient en une immense déferlante en pleine tempête sur une mer démontée. Son visage était chaud comme s’il avait été brûlé. » p73. Puis au matin du 6 août a plus de deux mille kilomètres il va ressentir l’onde de choc de la première bombe atomique.Le 15 août 1945, jour de la capitulation du Japon, il a, sur ordre de ses supérieurs, d’exécuter les pilotes de B29 prisonniers. Quelques semaines plus tard il apprend qu’il figure pour cette raison sur une liste de criminels de guerre menacés de pendaison. Il essaye de légitimer son geste : les pilotes de B29 ont lancé des bombes incendiaires sur les villes tuant la population, les ordres de ses supérieurs, il peut se rendre mais il choisit de fuir. Va-t-iil fuir toute sa vie ? 

On suit la population qui survit dans les décombres de la guerre, la famine et le marché noir, l’occupant omniprésent. Puis la lente reconstruction pièce par pièce de la vie et de l’économie (la fabrique d’allumettes), le comportement des japonais qui se modifie face à la guerre perdue. Les enfants qui courent après les confiseries jetés par les soldats, les femmes qui sortent avec les occupants. Une incompréhension grandissante de Takuya grandit, témoin des horreurs. Il est dépassé par toutes les transformations auquel il assiste témoin impuissant.

Takuya va continuer fuir, la peur au ventre. Peur de ne pas mourir dans l’honneur de la patrie tel les samouraïs, prêt à se suicider au dernier moment. Il suit jour après jour les procès des criminels de guette de classe A qui seront jugés et pendus. Il apprend que ses supérieurs nient les ordres, et rejettent la faute sur les soldats , puis on apprend que des prisonniers ont subi des vivisections ( et du cannibalisme)… Tout est dur, froid voire brutal,  dans ce récit de la défaite racontée par un soldat vaincu. « L’écriture de l’histoire appartient à celui qui a gagné la guerre. »

 

Akira Yoshimura nous conte froidement l’après guerre vécut par un lieutenant vaincu devenu fugitif. On retrouve le style simple, poétique froid de l’horreur de la guerre. Mais aussi un regard impitoyable quand à l’incompréhension du traitement des criminels de guerre dans cette guerre perdue.

 

Extraits :

  • Du côté des forces alliées, les soldats qui avaient tué des civils japonais étaient considérés comme des héros, alors que l’on voulait une mort offensante pour eux, les vaincus. Il avait du mal à accepter ce paradoxe.
  • Cela s’apparentait à la manière dont on se débarrasse des colonies de mulot en les brûlant (bombe atomique, p83)
  • Il lui arrivait de se rappeler le nom apparemment féminin qui s’était échappé de la bouche de l’aviateur qu’il avait décapité. Il revoyait aussi l’instant où il avait posé son sabre militaire sur son cou, et le mouvement de ses genoux qui s’étaient repliés violemment. Chaque fois, il perdait son calme, mais alors il prenait discrètement dans son havresac son arme enveloppée dans un tissu, qu’il fourbissait à l’abri des décombres. S’il était pris, il devrait passer devant le tribunal, écouter la entende de mort, être traîné jusqu’à la potence. Imaginant ainsi les heures douloureuses qu’il lui faudrait traverser, il pensait qu’il vaudrait mieux pour lui se supprimer avec son pistolet. Les soldats américains qu’ils avaient décapités n’avaient pas tous tremblé, et il ne savait pas s’il serait capable d’adopter la même attitude. p175
  • Il réfléchissait souvent aux procès des criminels de guerre. Un procès est d’abord une stricte application de la loi, qui doit aboutir à un verdict impartial mais dans les procès des crimes de guerre, sensiblement influencés par la situation internationale, les différences dans la lourdeur ou la légèreté des peines infligées avaient été importantes, et de plus, elles avaient été rapidement commuées. La loi qui aurait dû se trouver à la base de ces procès n’existait donc pas et les jugements avaient été prononcés au gré de l’humeur des juges. (…), mais il sentait que le procès des criminels de guerre s’apparentaient davantage à un lynchage qu’à un jugement. p279 

 Divers :

  • Titre original : (遠い日の戦争, Tōi hi no sensō )1978
  • Traduction : Rose-Marie Makino-Fayolle
  • Actes Sud : 5531
  • Publication en France : 2004
  • Note : ***** (3,7/5)

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