Eloge de l’ombre de Junichirô Tanizaki


eloge de l ombre cd audio

Eloge de l ombre

Je remercie vivement Babelio Masse critique et les éditions Naive, collection « L’oreille des mots » pour m’avoir permis de découvrir ce livre audio, son interprète et son auteur. 

Un amateur de littérature, qui de nos jours veut lire un essai sur l’esthétique Japonais  se prépare à plein de déboire avec le livre audio…. (Aurait surement dit un célèbre écrivain japonais). 

Un boitier, deux CD, et un superbe livret explicatif. Après avoir trouver un appareil adéquat lisant les CD, J’ai donc découvert la voix d’Angelin Preljocaj (qui est un  danseur et chorégraphe très renommé qui possède une riche expérience sur Wikipédia). Je me trouve rapidement bercé par le rythme de sa narration. 

Je suis surement mono neuronal ou quelque chose comme ça, mais impossible pour moi de suivre une lecture et de faire autre chose. C’est Pourtant un des mérites du livre audio : « le livre audio est  utile lors des déplacements en voiture ou en transports et indispensable dans le noir au moment de s’endormir ou de faire la cuisine quand les deux mains sont prises. ». 

Aussi Personnellement je peux écouter de la musique en multi tâche mais impossible de me concentre sur un texte lu. J’ai un besoin compulsif de souligner, prendre des notes, mettre des marques pages et des smileys dans les marges.  Il m’a donc fallu trouver « l’éloge de l’ombre » dans sa version papier pour suivre de parallèle la superbe diction de Angelin Preljocaj. Evidemment, j’ai pris un soin particulier à avoir la même traduction, celle de « René Sieffert ».

Armé de mon appareil qui lit les CD, d’un casque pour empêcher les agressions sonores de venir perturber l’écoute, du livre papier et d’un crayon papier : « L’éloge de l’ombre » pouvait démarrer…
Après quelques pages, l’oeil fixé sur les mots, les oreilles bercés par la voix d’Angelin Preljocaj, il m’a semblé qu’un déraillement avait lieu. il m’a semblé entendre une coquille, erreur, un mot pour un autre dans le texte. Pause, étonnement, ai-je bien entendu, retour arrière, lecture, avance, retour , lecture oui il me semble qu’il a dérapé, nouveau retour arrière ….  C’est pas facile de lire avec ses oreilles.

Et après maintes opérations, je me suis perdu dans les chapitres audio, donc j’ai terminé avec la version papier ….Frustration

Lisez « l’éloge de l’ombre », un essai superbe sur l’opposition entre l’esthétique traditionnelle et le progrès apporté entre autre par le monde occidental. L’auteur qui a publié ce livre en 1933 défend l’ombre feutrée, la lumière tamisée, le dépouillement décoratif, le silence  avec un esprit méthodique, et humour oriental. 

La beauté est dans l’indicible… Que dire de plus

 

Ce thème de l’antagonisme avec l’occident se retrouve dans d’autres oeuvres :  on retrouve dans son roman autobiographique ‘le goût des orties des critiques de l’occident. Le beau-père du narrateur a des diatribes contre les changements engendrés par l’ouverture du japon à l’occident : La femme, la musique jazz.

Cet essai pose plein de quetions, est ce que Tanizaki mène un combat d’arrière garde, ‘obscurantisme’ ?

 

Citations:

  • D’aucuns diront que la fallacieuse beauté créée par la pénombre n’est pas la beauté authentique. Toutefois ainsi que je le disais plus haut, nous autre Orientaux nous créons de la beauté en faisant naître des ombres dans des endroits par eux-mêmes insignifiants p63
  • Pour moi, j’aimerais tenter de faire revivre, dans le domaine de la littérature au moins cet univers d’ombre que nous sommes en train de dissiper. J’aimerais élargir l’auvent de cet édifice qui a nom « littérature », en obscurcir les murs, plonger dans l’ombre ce qui est trop visible, et en dépouiller l’intérieur de tout ornement superflu. Je ne prétends pas qu’il faille en faire autant de toutes les maisons. Mais il serait bon je crois qu’il en reste, ne fût-ce qu’une seule, de ce genre. Et pour voir ce que cela peut donner, eh bien, je m’en vais éteindre ma lampe électrique. p84
  • Le papier est, nous dit-on, une invention des Chinois; toujours est-il que nous n’éprouvons, à l’égard du papier d’Occident, d’autre impression que d’avoir affaire à une matière strictement utilitaire, cependant qu’il nous suffit de voir la texture d’un papier de Chine, ou du Japon, pour sentir une sorte de tiédeur qui nous met le coeur à l’aise. A blancheur égale, celle d’un papier d’Occident diffère par nature de celle d’un hôsho ou d’un papier blanc de Chine. Les rayons lumineux semblent rebondir à la surface du papier d’occident, alors que celle du hôsho ou du papier de Chine, pareille à la surface duveteuse de la première neige, les absorbe mollement. De plus, agréables au toucher, nos papiers se plient et se froissent sans bruit. Le contact en est doux et légèrement humide, comme d’une feuille d’arbre.Le papier est, nous dit-on, une invention des Chinois; toujours est-il que nous n’éprouvons, à l’égard du papier d’Occident, d’autre impression que d’avoir affaire à une matière strictement utilitaire, cependant qu’il nous suffit de voir la texture d’un papier de Chine, ou du Japon, pour sentir une sorte de tiédeur qui nous met le coeur à l’aise. A blancheur égale, celle d’un papier d’Occident diffère par nature de celle d’un hôsho ou d’un papier blanc de Chine. Les rayons lumineux semblent rebondir à la surface du papier d’occident, alors que celle du hôsho ou du papier de Chine, pareille à la surface duveteuse de la première neige, les absorbe mollement. De plus, agréables au toucher, nos papiers se plient et se froissent sans bruit. Le contact en est doux et légèrement humide, comme d’une feuille d’arbre.Les occidentaux…/…, s’ agitent sans cesse à la poursuite d’ un état meilleur que le présent.(p66)
  • Nos ancêtres tenait la femme, à l’instar des objets de laque à la poudre d’or ou de nacre, pour un être inséparable de l’obscurité, et autant que faire se pouvait, ils s’efforçaient de la plonger toute entière dans l’ombre
  • Avez-vous jamais,vous qui me lisez, vu « la couleur des ténèbres à la lueur d’une flamme »? Elles sont faites d’une autre matière que celles des ténèbres de la nuit sur une route, et si je puis risquer une comparaison, elles paraissent faites de corpuscules comme d’une cendre ténue, dont chaque parcelle resplendirait de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

 

Divers :

  • Date de parution 1933
  • Titre : (FR) L’éloge de l’ombre, (US) In Praise of Shadows 
  • Traduction : René Sieffert
  • Collection « L’oreille des mots »
  • Enregistrement : Angelin Preljocaj (1957)
  • 2 CD
  • Note : ***** (3.5/5)

 

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