Rendez-vous dans le noir de Otsuichi

Rendez-vous dans le noir  de Otsuichi
Rendez-vous dans le noir de Otsuichi

Michiru, une jeune femme qui perd en quelques jours la vue suite à un accident. Elle vit enfermé dans une maison (proche de la gare). C’est une jeune fille effacée, qui a un caractère solitaire. Sa cécité la pousse à se refermer encore plus « comme dans un œuf de ténèbres ». Un jour, un policier vient la questionner afin de savoir si elle a « vu » quelque chose d’inhabituel car un meurtre vient d’être commis à la gare toute proche.

Peu de temps après, la jeune fille sent une présence dans la maison et comprend qu’un intrus s’est introduit chez elle. 


Otsuichi nous fait la description de deux êtres fragiles, repliés sur eux et introverti  : une jeune femme timide qui vient de perdre la vue , et un jeune homme mal intégré, désespéré  qui est recherché pour meurtre. Ces deux êtres malgré leur caractère replié cachent une sensibilité touchante.

Ce polar psychologique, est proche du huis-clos. Il n’est pas ici question de sang ou de violence physique. Le suspense autour du meurtre  ainsi que la découverte progressive de ces deux personnages pleins de solitude est mené d’une façon originale.

En commençant la lecture de ce livre, j’ai eu une pensée pour le roman Nagasaki d’Eric Faye dont la thématique est proche. Le polar d’Otsuichi vaut bien un petit détour : donc rendez-vous dans le noir !!!

Thème : Introverti, refus de l autre, brimade, désespoir, acceptation,

 Personnages :

  • Honma Michiru : Jeune femme ayant perdu la vue dans un accident, solitaire.
  • Futaba Kazue : Amie d’enfance depuis l’école primaire de Michiru,
  • Mishima Harumi : jeune femme, voisine de Michiru
  • Matsunaga Toshio : Employé de l’imprimerie, « contremaître ».
  • Ohishi Akihiro : Employé dans une imprimerie.
  • Wakagi : Employé de l’imprimerie, sous les ordres de Akihiro.

Citations :

  • Une réflexion de ce genre lui donnait l’impression d’être un cube de bouillon qui n’aurait pas fondu, à la dérive dans le ragoût qu’on appelle le monde. (p.93)
  • Chaque jour, elle passait de longues heures simplement allongée par terre, silencieuse. Quand elle ne s’occupait pas des tâches ménagères, le temps que les jeunes de son âge consacraient aux sorties, elle le passait invariablement dans une immobilité parfaite.Elle paraissait même s’en délecter. Elle menait un peu la vie d’une plante. Déployant simplement ses feuilles au soleil, elle semblait habiter un monde sans haine ni sentiments.L’inquiétude monta en lui à la voir allongée
  • Qu’il se trouve au travail ou chez lui, le dégoût qu’il éprouvait à sa pensée lui retournait l’estomac. Il était surpris de se découvrir capable de tant de haine envers autrui. Son esprit était saturé de sentiments négatifs, noirs et visqueux comme du mazout.
  • Elle avait le sentiment qu’en restant cloîtrée chez elle, elle pourrait vivre libérée de tous liens avec le monde extérieur. Une coquille semblable à celle d’un œuf se formerait autour de la maison, qui les emmailloterait à l’intérieur, elle et les ténèbres.
  • Le bourdonnement sourd du réfrigérateur lui parvint de la cuisine. La maison se décomposait doucement de l’intérieur, dans une pourriture sucrée. C’était l’enfer. Son univers contenu dans la maison tombait lentement, s’enfonçait dans les entrailles de la terre pour finir sa course en enfer. Elle en était convaincue.
  • La main gantée de la jeune femme frôlait son bras. Il sentait un poids léger. Il eut le sentiment que le fil ténu qui les reliait jusqu’alors avait acquis une masse propre.
  • Finalement, le champ de vision de Michiru avait été submergé par les ténèbres. Tout comme l’aiguille d’une pendule qui se serait arrêtée en pleine nuit, pour ne plus bouger.
  • La jeune femme avait l’impression qu’ils se trouvaient tous deux sur un radeau à la dérive sur une mer infinie. Seule la maison qu’ils occupaient paraissait avoir été coupée du monde extérieur et glissait, insensiblement, dans une chute sans fin.
  • Cette personne était quand même un peu empotée. Quelle idée d’aller manger du pain de mie ! Rien de plus facile que de constater que des tranches disparaissaient. L’intrus n’avait sans doute pas idée que les tranches de pain étaient comptées. Il n’imaginait assurément pas qu’il pouvait exister une fille assez mesquine pour avoir le cafard à l’idée que le paquet de pain de mie était presque vide.Le vague sentiment de supériorité qu’elle éprouvait s’accompagnait d’une certaine angoisse. Elle ignorait où cette personne se cachait, mais il était effrayant de se savoir épiée.
  • En observant ses déplacements, il s’aperçut que dans la maison, elle passait toujours par certains endroits, à l’exclusion d’autres. Par exemple, elle ne s’aventurait que très rarement dans le coin des pièces, comme celui où se tenait Akihiro. Elle n’y venait que pour ouvrir la fenêtre. On aurait dit un robot effectuant une ronde de surveillance programmée.
  • Elle savait que leur relation relevait d’un équilibre subtil, qu’ils ne partageaient ce repas qu’à la faveur d’un hasard.Elle n’était pas parvenue à lui adresser la parole. Le simple son de sa voix risquait de briser, d’anéantir le lien fragile qui les unissait.
  • Son visage était un véritable masque, sans la moindre expression. Il ne savait dire si elle regardait les rails après le passage du train ou les bâtiments de l’autre côté de la gare. Son impassibilité avait été fugitive, le temps que le train finisse de passer devant eux et commence à freiner.Elle se tourna vers Akihiro et son visage se décomposa.
  • Elle l’enlaça et la serra fort contre elle. La jeune femme était mince, elle semblait si fragile. A cette pensée, son cœur lui parut sur le point d’éclater.Laisse-moi pleurer pour toi…
  • Mes sanglots seuls ne suffiront peut-être pas, mais laisse-moi quand même prier pour toi.Je t’en supplie, cesse de faire du mal aux autres. Cesse de les haïr. Cela prendra peut-être du temps, mais je t’en supplie, pardonne à ce monde qui t’a si mal traitée.

Otsuichi (乙一, Otsuichi) est le nom de plume de Hirotaka Adachi (安達 寛高, Adachi Hirotaka), écrivain japonais né en 1978, qui écrit principalement des nouvelles et des romans d’horreur ou fantastiques. Il écrit aussi des scénarios et réalise des films, tandis que plusieurs de ses œuvres ont été adaptées en manga (comme Goth, paru en France) ou au cinéma.Son roman « Rendez-vous dans le noir » est également paru en français et a fait l’objet d’une adaptation cinématographique. (sources : Wikipedia)

 Divers :

  • Titre original : Kurai tokoro de machiawase  (2002)
  • Traduction : Myriam Dartois-Ako
  • Edition Picquier
  • e-book Decitre
  • Note ***** (3.7/5)
  • 4.4 heures de lecture, 24 minutes par session, 530 pages tournées, 2.0 pages par min. environ

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