Masque de femme de Fumiko Enchi

 

Masque de femme de Fumiko Enchi
Masque de femme de Fumiko Enchi

‘Masque de femme’ est un roman magnifique et subtil, il traite de la séduction et de l’infidélité au Japon. Fumiko Enchi nous entraîne dans les traces de ​​la force destructrice de la jalousie et du ressentiment féminin. Mieko Togano, une femme belle et cultivée dans la cinquantaine, manipule pour ses propres fins sa bru. Sa bru Yasuko est veuve, son mari est mort lors d’une escalade sur le mont Fuji. Une relation étrange transparait entre Yasuko et Mieko : homosexualité, dévouement, complicité. Une aura de mystère entoure cette relation, qui est soulignée par le spiritisme. Il semble que toutes deux doivent se venger à tout prix des hommes. Yasuko sera l’objet d’un plan machiavélique, se jouant des sentiments amoureux de Tsuneo : un mari consentant dans ses mains. Fumiko Enchi nous laisse à nos interrogations quant aux raisons multiples de la vengeance de ces deux femmes.

Le roman fait également de nombreuses références au Genji  ainsi qu’au théâtre Nô. Trois masques de femme sont également les trois actes/chapitre de ce roman, ces symboles sont des métaphores de la psychologie des héroïnes.  On retrouve une esthétique emprunt de sadomasochisme proche de celle des romans de Tanizaki. Un traité de la manipulation féminine, de sensualité, et de vengeance amère. Un roman splendide.

Masque de femme, qui a paru au Japon en 1958 pour la première fois et n’a cessé d’être réédité, est le premier livre traduit de Fumiko Enchi, née en 1905, auteur d’une remarquable traduction en japonais moderne du Roman de Genji.

Thème : Amour, dieux-chiens, érotisme, adultère, manipulation, handicap mental, mort, possédé, lesbianisme, masque nô, Genji, poésie,

Personnages :

  • Tsuneo Ibuki : homme marié, 33 ans, à une fille Ruriko de 3 ans. plus âgé de 2 ou 3 ans avec Akio même spécialité : Littérature ancienne et recherche sur le ‘paranormal’.
  • Sadako : femme de Ibuki.
  • Toyoki Mikamé : célibataire, 33 ans, psychiatre, s’intéresse à l’histoire de la possession démoniaque au moyen-âge en Europe.
  • MiekoToganoo : poétesse. Directrice d’une revue littéraire
  • Mastsugu : mari de Mieko, a une maîtresse Aguri
  • Yasuko : veuve de Akio, fils de Mieko
  • Akio : fils de Mieko, a péri dans une avalanche en montagne
  • Harumé : fille de Mieko, donc sœur jumelle de Akio, ils n’ont pas été élevés ensemble (tradition en horreur la naissance des jumeaux appeler « viscère bestiaux » ), débile léger
  • Yû : Servante s’occupe de Harumé
  • Yorikata Yakushiji : acteur de nô ( collection de masques et costumes)
  • M Saeki : professeur de chimie appliquée, bouddhiste fervent.
  • M Makino : professeur

Masque Nô :

    • Zô no onna , puits profonds ( Pour les rôles nobles)
    • Ryo-no-onna représente l’esprit d’une femme morte

Zô no onna
Zô no onna

masque nô magojirô
masque nô magojirô

masque nô koomoté
masque nô koomoté

masque nô Ryo-no-onna
masque nô Ryo-no-onna

Citations

  • Yasuko s’adossa au siège et joignit les mains sur ses genoux, elle tourna la tête seulement alors vers Ibuki qu’elle dévisagea. Son visage artificiellement contorsionné sur son buste penché vers l’avant, comme celui d’une femme ligotée, surprit Ibuki par sa sensualité cruelle. (p.30)
  • Elle n’est pas à ce point mesquine. Mais en même temps, comme au fond d’un lac des montagnes dont la surface paraît calme l’eau se dirige avec force vers une cascade, sous une apparence impassible, elle a la force de mener à terme ses projets. C’est en quelque sorte le personnage féminin d’un masque de nô. C’est une femme plein de secrets. (p.34)
  • Cela ressemble à de l’homosexualité, non ? (p.39)
  • L’inconnue ne changea pas d’expression, malgré le regard de Yasuko, mais quand elle aperçut Ibuki et Mikamé, elle battit des paupières comme un papillon noir qui agite des ailes fébriles. Ses joues pâles et tendres s’affaissèrent et l’ombre d’un sourire passa sur ses lèvres. L’intérieur de sa bouche paraissait noir et tout était empreint d’une sensualité énigmatique et débordante. (45, fête des lucioles) . Ibuki est outré par la grosesse de Harumé, Yasuko ne lui dit rien. Il va voir le temple de et voit Harumé ( belle, triste )
  • En disant cela, Ibuki avait l’impression que le froid du béton à ses pieds remontait insidieusement dans ses jambes (p.50)

Divers :

Gallimard,  1988 , 152 pages
traduction du japonais par René de Ceccatty et Ryoji Nakamura
Titre original 女面 [Onnamen], 1958
Note : ***** (4,2/5)

A propos de l’auteur :

Fumiko Enchi (円地 文子, Enchi Fumiko), née le 2 octobre 1905, et morte le 12 novembre 1986, de son vrai nom Fumi Ueda, est une écrivain japonaise, considérée comme l’un des plus importants de l’ère Shōwa (1926-1989)

Elle naît à Tokyo, dans le quartier Asakusa. Son père était un linguiste reconnu, Ueda Kazutoshi (上田万年). De santé fragile, elle ne peut suivre une scolarité normale et reçoit un enseignement privé. Elle se familiarise notamment avec les littératures chinoises, anglaises et françaises. Sa grand-mère exerce également sur elle une influence déterminante en lui faisant découvrir la littérature classique japonaise, en particulier Le Dit du Genji (源氏物語, Genji monogatari) ou le théâtre kabuki et bunraku. À l’âge de 13 ans, elle étend la liste de ses lectures à des auteurs comme Oscar Wilde, Edgar Allan Poe, Kyōka Izumi, Nagai Kafu, Ryūnosuke Akutagawa. Elle est marquée par la lecture de Jun’ichirō Tanizaki, dont l’esthétique sado-masochiste exercera sur elle une fascination profonde.
En 1930, elle épouse un journaliste, Yoshimatsu Enchi. Le couple aura une fille.
Les années 1930 et plus encore 1940 sont celles d’une longue période de souffrances, tant physiques que morales. Elle subit en 1938 une mastectomie puis en 1946 une hystérectomie. En 1945, sa maison et toutes ses possessions sont détruites lors d’un raid aérien. Immédiatement après la guerre, et pendant de nombreuses années, elle lutte contre un cancer et ses séquelles.
Toutefois, elle poursuit son œuvre littéraire et les années 1950 marquent celles d’une véritable renaissance. S’ensuivront une série d’œuvres qui l’imposeront comme un auteur de premier plan et lui vaudront d’être décorée de l’Ordre de la Culture en 1985.
Elle meurt d’une crise cardiaque en 1986 et est enterrée au cimetière de Yanaka à Tokyo. Elle est élue à l’Académie japonaise des arts peu avant sa mort.

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