Hôtel iris de Ogawa Yōko

 

Hôtel Iris de Yoko Ogawa
Hôtel Iris de Yoko Ogawa

 

Hôtel Iris est l’histoire d’une adolescente, qui occupe le poste de réceptionniste dans l’hôtel familial d’une station balnéaire. Son père est décédé, sa mère essaye, aidée d’une bonne kleptomane, de faire vivre cet hôtel. Mari est intriguée par un client, elle surprend un soir une prostituée qui quitte bruyamment un pervers dans la chambre 202 !!  Mari va tout faire pour le retrouver, et envoutée par le charme de cet homme une relation amoureuse va débuter. Cette relation entre un homme adulte : traducteur de russe et une jeune fille de 17 ans va être une relation sado-masochisme, bondage et découverte d’un jeu érotique le Shibari. 

Le long de ce récit, je me suis posé la question de l’innocence de Mari : elle est une ingénue, à la recherche de la transgression sexuelle ou perverse ? (Mais ce ne sont peut-être pas les bonnes questions)

(J’ai retrouvé de nombreuses références à « Les Abeilles » : le traducteur russe, les lieux hôtel et pension délabrés, les mutilations du neveu et du directeur de la pension,  une disparition et un meurtre, la relation de la narratrice avec un homme plus âgé, … )

Par cette passion exacerbée qui se noue avec le traducteur,  Mari découvre alors qu’elle peut atteindre l’orgasme dans l’humiliation et la souffrance.
On trouve dans le passé de chacun des deux acteurs une possible explication de leur comportement, pour le traducteur : la manière dont est morte sa femme. Et pour Mari une recherche désespérée du père absent et de l’autorité parentale, pour contrebalancer le pouvoir de sa mère omniprésente.

L’écriture de cette relation masochiste et perverse, ne sombre pas dans le sordide mais reste dans la ‘délicatesse’. Une tendresse ou une innocence qui transparait dans la violence de la passion, par la narratrice Mari.

Un roman d’une grande force, ensorcelant. Un roman d’amour  amenant la révolte d’une adolescente : les mensonges, la coupe de cheveux, le goût de l’interdit. Sa libération via la recherche de la soumission volontaire, une soif de vie de se sentir exister. Mais un voile de mystère entoure cette liaison qui finit brutalement par la noyade du traducteur.

Note de l’auteur :

J’ai trouvé une interview de Yôko Ogawa sur le site de MacMillian.  Des questions sont posés sur le caractère de Mari, qui semble au premier abord, simple, mais qui s’avère étonnamment complexe dans sa relation soumise avec le traducteur, mais également volontaire et plein de désir.

Mon but (Yôko Ogawa) en écrivant l’hôtel Iris n’était pas de décrire Mari, mais de l’utiliser pour décrire le vieux traducteur. Elle n’est pas ‘entièrement’ la protagoniste du roman que la personne qui accompagne le traducteur dans ses derniers jours. Mari est le témoin chargé de préserver la mémoire et l’existence du traducteur dans ce monde. Sa soumission est, je pense une action qu’elle donne au traducteur comme souhait. Elle est même maternelle à un certain moment avec ce vieil homme. Cette rencontre la fait devenir adulte(dans un sens non sexuel).

l’interview nous apprend également que L’idée de « Hôtel iris » est né lors d’un voyage en France en bord de mer. Il y avait la présence d’un minuscule îlot qui n’apparaissait qu’à marée basse.

 Citations :

  • Je me rappelais qu’après son départ j’avais jeté le soutien-gorge, toujours en bouchon sur le palier. Il était violet, outrageusement bordé de galons et de dentelles au niveau des bonnets. Je l’avais pris entre le pouce et l’index comme s’il s’agissait du cadavre d’un petit animal, l’avais jeté dans la poubelle de la cuisine. P22
  • Mon reflet sur la vitre avait l’apparence d’un insecte en train de mourir. J’étais un poulet accroché dans la chambre froide d’un boucher p77
  • Tu te mêles de ce qui ne te regardes pas…. Tu n’es qu’une empotée. Une cochonne. Une chienne incapable p141
  • Le cadavre du traducteur est remonté trois jours plus tard. […]Son corps gonflé par par les gaz de putréfaction était à moitié nu, ses vêtements déchirés. Sa tête avait doublé de volume, si bien qu’il était presque méconnaissable.
  • J’en suis au point où je suis incapable de faire la différence entre l’envie de te voir au plus vite et celle de continuer à t’attendre indéfiniment.
  • Je n’allais pas tarder à fermer la caisse, puis éteindre la lumière du hall avant de me retirer. C’est alors qu’un bruit effrayant éclata soudain, comme si quelque chose de lourd venait d’atterrir sur le sol, aussitôt suivi d’un cri de femme. Ce fut un long cri interminable qu’on aurait pu penser qu’en réalité elle riait. – Sale pervers !  la femme sortait en trombe de la 202 – Espèce de vieux salaud !

Divers:

Titre: Hôtel Iris
Titre original: (Hoteru Airisu), ホテルアイリス
Auteur: Ogawa Yōko (小川洋子)
Année de publication: 2013 (France); 2010 (US); 1996 (Japon)
Editeur: Actes sud, 531 Babel
Note : ***** (4.7/5)