Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants de Ôé Kenzaburô

Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants de  Ôé Kenzaburô
Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants de
Ôé Kenzaburô

 

Pendant la seconde guerre mondiale, des adolescents d’une maison de correction sont expédiés dans un village de montagne. Ils sont alors traités comme des esclaves dans ce village, puis abandonnés parmi les cadavres au sein de l’épidémie qui fera fuir les villageois. La guerre n’est qu’un prétexte pour montrer la folie des hommes dans ce microcosme ou fureur et mensonges se côtoient. « Écoute, un gars comme toi, il vaut mieux l’étrangler quand il n’est encore qu’un enfant. Les minables il vaut mieux les égorger au berceau. On est des paysans, nous : on arrache les mauvais bourgeons dès le début. » Un peu de chaleur et de fraternité existe entre ces adolescents, malgré les coups et les humiliations qui est leur lot quotidien.

On retrouve le thème des adolescents emprisonnés dans une maison de correction également dans  la deuxième nouvelle des « Le faste des morts ». Le climat du village fait également pensé à la nouvelle « Gibiers d’élevage ». Ce roman est d’une force et d’une violence inouïe, ou la vie n’a que peu de valeur. Le langage est cru et sans artifice.

Synoptique

  1. Arrivée : Des enfants sont ramenés après une escapade, ils sont regroupés et partent vers un village excentrée dans les montagnes.
  2. La première petite tâche: Ils arrivent au fond d’une vallée. Leur travail sera de défricher la pinède. Leur premier travail est d’enterrer !!. Ils ramassent d’innombrables carcasses d’animaux : chiens, chats, poulains, chèvres …. Une épidémie est dans le village.
  3. La peste qui s’abat Et le repli des villageois : Un des jeunes qui était malade, meurt. Les villageois quittent le village, les abandonnant.
  4. Enfermement: Les enfants sont abandonnés à eux même sans surveillant, ils errent, volent. Deux autres ont été abandonnés : un coréen et une petite fille qui surveille un cadavre
  5. Coopération entre les délaissés : Les corps sont enterrés. Le coréen Lee les emmène voir un soldat fugitif (un déserteur) qu’il cache. La sauvageonne les rejoint. Le frère du jeune adopte un chien.
  6. L’amour : Le narrateur est jaloux de son frère qui est proche du soldat, puis il va chercher le médecin pour qu’il reprenne la fille, mais le médecin le frappe et le chasse.
  7. La chasse et la fête dans la neige : les jeunes font une patinoire. Lee ramène des oiseaux de la chasse. La fille est malade, fiévreuse. Son frère attrape un faisan. Pour le premier faisan attrapé, s’ensuit une fête afin de célébrer la chasse autour d’un feu
  8. Premiers symptômes et panique: La fille est fiévreuse, elle meurt. Tout le monde pense que c’est le chien de son frère qui l’a contaminée en la mordant. Ils tuent et brulent le chien. Son frère s’enfuit.
  9. Le retour des villageois et le massacre du soldat :Ils sont tous attrapés par les paysans et enfermés dans la grange. Le déserteur est capturé, éventré , il est remis à la police militaire. Lee revient, il avait trouvé la besace du frère.
  10. Le procès et l’exclusion :

Thème : Adolescence, Maison de correction, Abandon, Sexualité, Liberté

Lexique

  • Magnanerie : Bâtiment destiné à l’élevage des vers à soie
  • Sanie : matière purulente fétide, mélangée de sang (9)
  • Chassie : Substance visqueuse et jaunâtre qui se dépose sur le bord des paupières, chiures (31)

Citations:

  • C’était une époque de tueries. Tel un interminable déluge, la guerre inondait les plis des sentiments humains, les moindres recoins des corps, les forêts, les rues, le ciel, d’une folie collective. (10)
  • Moi, dit-il d’une voix chaude qui sortait avec peine de son gosier, je le raconterai à tout le monde. Que nous avons été abandonnés comme dans une décharge (p47, III)
  • Je déteste les lâches, dis-je. Quand on s’approche, ils puent. (p80, VI)
  • La fatigue enflait en moi comme une éponge que l’eau imbibe lentement,(108, VIII)
  • Il me saisit à la poitrine, en me faisant presque suffoquer. Il haletait de colère. — Écoute, un gars comme toi, il vaut mieux l’étrangler quand il n’est encore qu’un enfant. Les minables il vaut mieux les égorger au berceau. On est des paysans, nous : on arrache les mauvais bourgeons dès le début.
  • Dans notre vie quotidienne, les obstacles qui nous blessaient profondément corps et âme, mais auxquels nous devions céder, se succédaient sans nous laisser d’autre choix que de les affronter. Être roué de coups, tomber dans une mare de sang, c’était là notre lot commun.
  • Notre camarade gisait maintenant sous la terre et sa peau, la muqueuse de son anus ouvert, ses cheveux trempaient dans l’eau souterraine qui les imprégnait. Cette même eau, qui avait déjà imbibé les nombreuses carcasses animales et s’était écoulée sous terre, serait bue par les robustes racines des plantes.
  • La veste de mon frère avait pris l’odeur d’un fruit qu’on aurait laissé se décomposer rapidement, de façon chimique ; non pas le résultat d’un long effort, d’une bactérie décomposante, mais c’était plutôt l’odeur d’une décomposition plus immatérielle.
  • Nous sommes englués dans la flaque du temps. On ne peut rien faire. Mais rien n’est plus difficile et exaspérant, fatigant et vénéneux pour le corps que d’être emprisonné sans rien pouvoir faire.
  • Ces bougres-là vous détestent comme la lèpre. Ils sont capables de vous tuer. Vous aurez plus de mal à fuir d’ici que lorsque vous étiez en prison.

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