Contes libertins du Maghreb de Nora Aceval

Contes libertins du Maghreb de Nora Aceval
Contes libertins du Maghreb de Nora Aceval

Critique :

Livre pris au hasard de mes déambulations dans la bibliothèque du quartier, « Contes libertins du Maghreb ». J’ai démarré avec un peu de préjugés et beaucoup de curiosités, car il me semblait que l’adultère, fornication étaient puni de lapidation et d’autres maux désagréables. Mais l’on rencontre dans ces pages de sages imams qui viennent à sauver l’honneur des filles devant leurs parents « L’iman et la fille qui n’était pas vierge ».
Ces petits récits de quelques pages apparemment anodines sont pleins de finesses, et de délicatesse. Nous apprenons entre autres que les maris jaloux, avares et mesquins en ont toujours pour leur argent, et nous également que jeunes ou vieilles, les femmes arrivent toujours à leur fin.
On trouve également une fable qui pourrait appartenir au recueil de La Fontaine, ou il est question d’animaux. La morale de toutes ces histoires pourrait être « Le répertoire des ruses féminines est infini », un ouvrage simple et bien sympathique. D’une lecture facile, ces petits contres s’enchaînent rapidement, et on en redemanderait bien un peu plus.

Citations :

  • Mon cher époux ! Tu crois que c’est en m’enfermant que tu m’empêcheras de te tromper ? […] Sache, mon mari, que ta surveillance n’assure en rien ma fidélité. Si je le veux, je peux te tromper, à ta barbe  – Je demande à voir, dit le mari en ricanant (p.100)

« Un jour, un violent orage gonfla les eaux d’un oued et rendit sa traversée impossible. La crue de l’oued isola la nomade qui habitait sur la rive. Personne pour la secourir. Cette solitude providentielle enchanta la femme. Elle comptait bien en profiter. Un matin, alors qu’elle surveillait l’oued dont les eaux commençaient à baisser, elle aperçut un paysan de l’autre côté de la berge. Il était si chargé qu’il hésitait à traverser. De la main droite il tenait sa chèvre en portant une cruche de lait, de la main gauche, il tirait son âne en tenant un bâton. Cette soudaine apparition ravit la nomade qui espérait que l’homme traverserait et viendrait jusqu’à elle. Mais le paysan hésitait toujours. Elle sortit brusquement de sa tente en agitant les bras, et se mit à crier :

– O étranger ! Honte à toi ! Tu veux m’attaquer ! Je suis seule, personne pour me défendre. O homme misérable ! Le paysan leva la tête, vit la femme et comprit qu’elle s’adressait à lui. Il la rassura :- O femme, ne crains rien, je ne te veux pas de mal ! D’ailleurs je suis si encombré que je ne pourrais rien faire, même si je le voulais. Avec ma chèvre, ma cruche, mon âne, mon bâton et cette crue qui m’empêche de traverser… Comment veux-tu ?….

– Ce que tu dis me soulage. J’avais peur que tu entraves ton âne, que tu attaches ta chèvre au jujubier sous lequel tu aurais enfoui ta cruche de lait, et que tu réussisses à traverser, en mesurant le niveau de l’eau avec ton bâton. Tu sais que je suis seule et tu aurais abusé de moi.
Le paysan, l’oeil brillant, comprit et dit à la nomade d’un ton décidé :- Je te remercie, femme, de m’avoir si bien conseillé.
Il suivit à la lettre ce que la belle avait préconisé. Aucun oued en crue n’est plus puissant que le désir d’une femme !

La nomade et le paysan, (p31)

Divers : 

  • Editeur : Al Manar; Édition : originale (1 septembre 2008)
  • Prêt bibliothèque du KB, lu le 20/03/2014
  • Note : *****

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