Les abeilles de Yôko Ogawa

Les abeilles de Yôko Ogawa
Les abeilles de Yôko Ogawa

Thèmes : Souvenir, Ennui, Solitude, Terreur, Mystère, infirmité, polar.

Critique :

C’est le deuxième ouvrage de Yôko Ogawa que j’ai en main, le premier « La petite pièce hexagonale », ne m’avait pas laissé un souvenir immémorial.

Là par contre dans les abeilles je découvre un petit diamant.

Une écriture poétique, et un mystère oppressant qui s’insinue chez le lecteur page après page, distillé au compte goutte par la jeune narratrice : son ennui d’abord, un bruit obsédant, une mélancolie. Puis l’appel d’un cousin qu’elle n’a pas vu depuis près de quinze ans, une vieille pension déserté et un directeur infirme qui subissent une décrépitude inéluctable, une disparition non élucidée. Des questions sans réponses…

Un sentiment de malaise indicible nous poursuit jusqu’à la fin de ce roman. Au final une nouvelle sublime, une écriture subtile écrite avec des mots simples qui intensifie la force de cette nouvelle.

 Synopsis :

la narratrice, une jeune femme fait un patchwork, elle est obsédée par un bruit dérangeant, l’ennui la mine.

Son cousin la rappelle après plus de 15 ans, il recherche un logement dans une résidence universitaire car il rentre à l’université ( La dernière fois qu’elle l’avait vu il avait 4 ans). Elle téléphone au directeur d’une résidence qu’elle avait fréquentée. Le directeur accepte l’inscription malgré un état de décrépitude de la résidence étudiante. Son cousin arrive, ils discutent de souvenir du passé. Le jour de la rentrée, quelques inquiétudes du cousin, rien n’a changé dans cette ancienne maison, la narratrice a des souvenirs qui émergent de sa période universitaire. Ils rencontrent le directeur handicapé ( Il a perdu une jambe et les deux bras !!). Le directeur les invite à prendre le thé : on assiste au cérémonial du thé effectué avec le menton et la clavicule. Le jour de la rentrée universitaire arrive, c’est la séparation : une nouvelle solitude. Elle passe rendre visite à son cousin, mais celui-ci cousin n’est pas encore rentré de l’université, elle prend un gouter avec le directeur, puis se lasse et rentre sans le voir. La pension semble toujours vide. Le directeur se lance dans un monologue un peu malsain décrivant les corps et les organes des jeunes, son cousin est encore à l’université. Une dizaine de jours plus tard elle retourne le voir mais un accident de voyageur dans le train le retarde.

Elle demande au directeur pour quoi si peu d’étudiant dans cette résidence : une rumeur a fait diminuer le nombre d’étudiant : Un étudiant a disparu. La police a enquêté et le directeur a été interrogé de nombreuses fois, mais l’enquête n’a rien donné, des rumeurs ont alors couru. Le directeur lui propose de visiter la chambre du disparu, il lui raconte l’attrait qu’il avait pour les mathématiques, qu’il était gaucher. Elle fait des recherches dans les journaux de l’époque pour se renseigner sur cette disparition, mais ne trouve rien. Une dizaine de jours plus tard elle retourne voir le directeur, il est alité. Son mari lui renvoie une lettre de Suède, il l’attend, partir rejoindre son mari en Suède l’inquiète. Elle se rend chaque jour voir le directeur dont la santé décline, elle ne rencontre jamais son cousin, aussi elle commence à se poser des questions :

Pourquoi les tulipes fleurissent-elles d’une couleur si étrange ? Pourquoi est ce que je n’arrive jamais à voir mon cousin ?  Pourquoi le directeur peut-il décrire aussi bien les muscles et les articulations et les omoplates de mon cousin ?

Le mystère s’épaissit …

Mes abeilles

Citations

  • Le bruit de la nuit qui s’écoule à l’intérieur de la paume, après le coup de téléphone de l’amant (p11)
  • La nature véritable du problème se cache tout au fond de la glande pinéale qui se trouve au coeur du cervelet, lui même au coeur du cerveau. (p18)
  • Les jours se succédaient, informes comme ramollis par l’humidité(19)
  • Peut-être que  vivre seul ressemble à ce que l’on éprouve quand on perd quelque chose (29)
  • L’abeille volait à nos pieds. De temps en temps, il lui prenait l’idée de s’élever et elle s’approchait alors  craintivement de nous, pour s’éloigner aussi tôt. (48)
  • Vous êtes vraiment sûr que ça ira ? Vous allez vous remettre rapidement ? insistais-je. « Bien au contraire, c’est inguérissable ». Le directeur avait laissé tomber ces mots d’une manière si cruelle et si définitive que sur le coup je n’en saisis pas la véritable signification.(57)
  • Si je restais immobile, le bruit des ailes s’infiltrait comme un liquide jusque dans les minuscules conduits de mon oreille interne.(61)
  • Ma poitrine toujours glacée vibrait encore comme les ailes des abeilles (63)

Divers : 

  • Actes Sud ,1995. Lu le 15/03/2014, Biliothèque du KB
  • Les Abeilles (ドミトリイ Domitorī, 2/1991; Actes Sud 1995; novella)
  • Note : *****
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