La bête aveugle de Ranpo EdoGawa

Thème : polar, fantastique, amour, sensualité, humour macabre

Ranpo Edogawa
La bête aveugle  de Ranpo Edogawa

Le livre :

Tokyo, années 30. Ranko, célèbre artiste de music-hall pour ses numéros de danses suggestives, se rend à l’exposition de sculpture dont la pièce maîtresse est une statue la représentant nue. Mais voilà qu’elle aperçoit un homme, laid et aveugle, en train de caresser sa statue de façon obscène. Troublée, elle rentre chez elle, mais cet aveugle se met à la harceler afin de l’approcher : lui envoie des fleurs, se fait passer pour un masseur,  jusqu’à la kidnapper… Début d’une relation amoureuse, sensuelle et morbide, basée sur le sens du toucher (son étrange demeure), et qui mènera tout d’abord à une touche de perversité et de masochisme… »la souffrance lui était aussi source d’un profond plaisir », puis à sa perte.

En plein hiver l’aveugle fait un bonhomme de neige représentant une superbe femme, qui est remarqué par tous, Or en fondant un passant découvre une jambe de femme. Puis une autre jambe humaine accroché à vingt ou trente ballons lâché dans le ciel. Puis un ivrogne aide un aveugle ( le meurtrier) à retrouver son chemin. Il le tient par la main pour l’aider, l’aveugle s’éclipse lui laissant la main ‘dans la main’. Puis la tâte est retrouvé dans une fête foraine : la femme araignée. La police ne trouve pas l’assassin.

L’aveugle prend un emploi dans les bains. Il se lie à une cliente très belle : Mme Pearl, et lui communique un message via ses massages : « J » vous attends cette nuit, à une heure, derrière Mitsukoshi ». Finalement elle accepte finalement, elle finira comme Ranko.

Une audacieuse voleuse disparaît après s’être coupé un bras, puis le second, le reste est retrouvé sur une plage..

Critique

Le roman semble à première vue un polar, (kidnapping et meurtre) mais on n’y trouve ni enquête, ni policier. Tout le récit nous conte la vie de ce meurtrier aveugle. Le narrateur est soit une beauté éphémère soit un aveugle abjecte. Le récit se mélange entre des célébrations de la beauté puis des scènes dérangeante à la limite de l’écœurement.  Il me semble me trouver dans une sorte de récit d’un style surréaliste.

L’écrivain nous fournit une intrigue efficace, le lecteur en est déstabilisé, car il nous faut faire travailler notre imagination pour suivre ou se mettre à la place de cet aveugle psychopathe.  La plus grande partie nous conte l’histoire de Ranko, puis ensuite le rythme s’accélère avec Mme Pearl. On retrouve tout au long de ces pages un humour macabre mélangé à des plaisirs sensuels.  Le tout pour finalement aboutir à un chef d’œuvre tactile qui célèbre la beauté, mais dont cette esthétique ne peut-être perçue que par les aveugles.

La lecture m’a fait pensé à un autre roman qui met en avant un sens particulier  « Le Parfum«  de Patrick Süskin.

Personnages

    • Ranko Mizuki : jeune chanteuse 30 ans, maîtresse lesbienne
    • Kimiko Sawa : élève de Mizuki, âgée de 16 ans
    • Unzan Satomi : sculpteur
    • Shôichi Komura : Amant de Ranko (Shô-chan)
    • Mme Pearl : Seconde beauté
    • Mme Shimoda:
    • Les pêcheuses de perle

     

    Citations

     

    • Il y avait quelque chose de troublant à vous donner le frisson que de voir un homme ne disposant que du toucher admirer la statue nue de la femme qu’il aime. Ses cinq doigts, menaçants comme les pattes d’une araignée, rampaient à la surface du marbre poli. Les yeux… le nez… la bouche… L’homme s’attarda longtemps sur les lèvres semblables à des pétales de fleur. Puis les paumes caressèrent le reste du corps, la poitrine… Le ventre… les cuisses…(8)
    • Ranko fut prise d’une bien étrange hallucination. La statue de marbre et son propre corps s’étaient emmêlés de manière si inextricable qu’elle avait l’impression que l’horrible main de l’homme était en train de la toucher. C’était une sensation de démangeaison indescriptible, comme si un insecte lui rampait sur le corps. (8)
    • Les multiples seins qui boursouflaient les murs rougirent, se gonflèrent comme des ballons de baudruche, et firent jaillir sur les deux assaillants des cascades de lait tiède. Bientôt, Ranko finit par perdre connaissance, avant même d’avoir eu le temps de savoir si elle allait dériver sur cet océan de lait, ou si celui-ci allait l’engloutir. (40)
    • Pour elle qui avait oublié la vue pour ne vivre qu’avec le toucher, la laideur et l’infirmité de son mari ne revêtaient plus aucune signification. Elle se contentait de jouir de ses caresses (43)
    • La torture était telle qu’elle poussait des hurlements et se tordait de douleur. Mais cette souffrance lui était aussi source d’un profond plaisir. Elle désirait être blessée. Plus ces blessures étaient importantes, plus la douleur était violente, et plus elle était transportée de joie. (45)
    • En un instant, la tête, les bras et les jambes furent découpés. Chaque coupure laissait échapper du sang qui jaillissait avec force. Toute en malaxant ces extrémités avec les doigts, le monstre aveugle trépignait comme un enfant qui jouerait avec les couleurs de sa boîte de peinture (102)

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